BILLET D’AILLEURS : UN FAUX-MESSIE

21 Apr 2022 BILLET D’AILLEURS : UN FAUX-MESSIE
Posted by Author Ami Bouganim

Dieu il me manque déjà ! Sa dégaine de zaâtut, ses roulades médiatiques, ses propositions magiques pour sauver la France ! Sa cuistrerie, son ton péremptoire, son air docte. Depuis deux ans que je suis ses prestations, je me suis épris de lui. C’est à mon sens le personnage le plus caricatural, ridicule, risible en France. On n’en trouve de pareil ni dans sa bonne ni dans sa mauvaise littérature. Contrairement à Trump qui avait du poids, était de gelée, dénué de tout sens de l’humour, lui est un gringalet matois secoué de spasmes comiques. Il ressemble tant à sa légendaire France qu’il s’est porté volontaire pour en incarner le coq déplumé. Son bagou impérial colonial grandiloquent. Incurablement provincial, il lui est arrivé de se prendre pour Napoléon ; petit de taille, pour de Gaule. Jamais encore personnage n’avait été rembourré par les médias comme Don Quichotte par les romans de chevalerie. Je tenais mon héros pour « Le Roman de Zaatût » qui m’aurait rangé parmi les meilleurs romanciers comiques et voilà que les Français, décidément plus avertis, m’en privent par un malheureux choix qui l’élimine au premier tour des présidentielles.

Contrairement à BHL qui, par crainte de tartes, ne serait jamais présenté aux élections, ce n'est pas un poseur ; contrairement à Onfray qui n’arrête pas de mitrailler ses auditeurs de ses balivernes (dites-moi donc ce que ce bavard impénitent veut et ce qu’il entend par maastrichien ?), ce n’est pas une grasse baudruche philosophique. Il ne se prend pas pour un intellectuel et encore moins pour un démiurge qui verserait des larmes de crocodile sur les damnés de la terre ou déverserait sa salive contre les médias auxquels il extorque des interviews quasi quotidiennes. C’est un pauvre gars qui s’est tant enivré de ses haines – de soi autant que des autres – qu’il n’envisage pas d’autre lieu pour se réconcilier avec soi et les autres que le palais de l’Elysée sinon Versailles. Il croit vraiment en ce qu’il dit et comme il ne dit que des conneries sur la mondialisation, la nation, l’islam, le remplacement de la civilisation de la boulimie et de la décadence par une civilisation de la frugalité et du recueillement, il mérite d’être immortalisé comme le plus grand petit-con de l’histoire de France de l’après-guerre.

Vous vous demandez sûrement pourquoi je persiste à couvrir les frasques d’un zaâtut. Parce qu’il m’inspire et m’amuse, que je ne trouve pour l’heure rien à écrire, que je ne conçois pas personnage plus comique. Qui ne l’a vu et entendu le soir du premier tour n’a pas assisté aux râles d’un guignol. C’était un vieux sexagénaire, sa grandiloquence n'en était que plus caricaturale : « Il était de notre devoir de nous lever, je me suis levé », « A mes côtés, une jeunesse s’est libérée », « Reconquête n’abandonnera rien tant que la France ne sera pas reconquise ». Le lendemain ses lieutenants, mauvais perdants, ont abondé en prétextes. C’est la guerre en Ukraine qui l’a perdu, c’est le vote utile, c’est… il ne manquait que l’antisémitisme. Sinon il l’aurait remporté haut la main au premier tour, parole de Zaâtut. Il était si déçu qu’on compatissait à son sort. Il ne publiera plus au bulletin officiel sa liste des prénoms qui permettraient de délivrer des certificats d’assimilation. Il ne donnera pas son numerus clausus concernant les équipes nationales. Il ne videra pas les prisons de ses détenus étrangers. Il ne conclura pas un accord avec Djibouti ou les Comores pour déporter les travailleurs clandestins. Il n’introduira pas Pétain au Panthéon. Il…

Pourtant il n’a rien épargné pour réitérer le numéro de Macron en 2017. Il s’est prêté à des injections aux lèvres et aux joues pour paraître moins guignolesque. Comme il ne pouvait prétendre redresser la France alors qu’il était vouté et rabougri, on l’a installé sur des podiums, calculé l’inclinaison des micros, soumis à des cours de maintien. On l’a chaussé de lunettes pour lui donner un air plus intellectuel que camelot, plus autoritaire que cabotin, plus intelligent que borné. On l’a revêtu d’une tenue de foot pour disputer un match amical. Seules ses oreilles persistaient à lui dessiner l’auréole de je ne sais quel animal. Ce n’est peut-être qu’un spécimen de zaâtut caméléon, il devrait se reconvertir dans le théâtre, on accourrait pour le voir dans « Les Fourberies de Scapin » ou « L’Avare ». Davantage que Francis Huster. Je devine vos irritations, il s’est tant acharné contre les étrangers, les métèques, les femmes, les musulmans, les médias que je me sens habilité à le romancer et à en rire sinon vous soutirer un sourire.

Zemmour titre un phénomène de possession politique collective. Il n’a pas misé sur l’adhésion à un programme mais à un mirage. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire politique, ce ne sera pas la dernière. On n’a évité de le comparer à Hitler que parce qu’il était juif. Pourtant la comparaison s’imposait. On retrouve dans ses cris de ralliement et dans l’emballement pour eux les mêmes schémas que dans ceux d’Hitler et dans l’emballement de l’Allemagne pour lui. Le phénomène dénote cette dilatation mégalomaniaque d’un médiocre chroniqueur propulsé par les médias, davantage pour rire que par intérêt, comme les services de propagande nazis avaient promu un médiocre peintre. On ne suivait pas tant ses prestations par curiosité que pour applaudir à son hallali politique ou, comme moi, pour rire. C’est un personnage si fantasque qu’il se prête à plus d’un récit. Un brouillon de Napoléon. Un modèle réduit de De Gaule. Un avorton d’intellectuel. Un Joha qui, comme tout Joha, ne saurait pas qu’il l’est. Le plus éprouvant et sensible des récits est encore celui qui explique en grande partie mon acharnement et va m’attirer l’accusation d’antisémitisme. Maintenant qu’il a réhabilité cette plaie, je peux me permettre de m’en accommoder. Ce ne serait qu’un caractère de la communauté juive qui ne saurait plus à quel judaïsme se vouer, quelle France chanter, quelle insertion républicaine préconiser, de quelle nationalité se revendiquer. Il aurait pris sur lui de débarrasser la France de ses étrangers, les Arabes musulmans surtout, pour retrouver la France qui ne cesse de leurrer depuis qu’elle est partie en campagne coloniale et qu’elle perd ses guerres. Ah ! les juifs étaient heureux dans cette France de l’après-guerre, choyés pour des raisons occultes par les pouvoirs publics qui leur passaient leurs manifestations communautaristes, des « 12 heures pour Israël » à la Hanoukkia qu’ils dressaient sur ce même Trocadéro sur lequel il s’est présenté en Jean D’Arc. Ils brandissaient Rashi d’une main, Lévinas de l’autre. Ils égrenaient les noms de leurs célébrités, de Maître Derrida au Conseiller Attali. Or les Arabes les auraient boutés de leurs quartiers, de leurs postes ministériels, des centres de recherche et sont en passe de les évacuer des médias. Ce serait le petit juif de Drancy, émoulu de l’école primaire Lucien de Hirsch et du lycée Yavneh, aux lourdes portes blindées et aux hauts murs, qui aurait pris sur lui de protéger ses juifs. Un rêve si judaïque qu’on soupçonne le Messie derrière son sauveur de la France. Je n’ai pas d’indices. Sinon Sarah. Sa barbe aussi. Ce serait une barbe du deuil. Les Messies n’ont cessé de se présenter, ils ont tous déçu et laissé derrière eux des… kabbales. Ce qui est sûr c’est qu’il a partiellement perverti sa communauté juive qui ne saurait plus tenir les mêmes discours. Ni sur le service de l’autre ni sur l’in-condition d’étranger, ni sur la lutte contre l’assimilation ni sur l’école juive, ni sur l’antisémitisme ni sur Pétain. Bien sûr les dirigeants communautaires se sont démarqués de lui, les petites gens n’en ont pas moins voté pour lui à plus de 50%. Je ne sais à quoi ressemblera la communauté juive de l’après-Zemmour, je ne sais si elle est à même de se ressaisir et se donner un nouveau discours, un nouvel engagement au sein de la cité, un nouvel écartèlement entre la France et Israël. Une nouvelle kabbale que je serais le premier à saluer, parmi les chercheurs et les artistes de la nouvelle génération davantage que parmi les intellectuels vieillis qui ne réussissent qu’à se répéter et lasser sinon excéder. Les Juifs ont toujours connu des crises après l’échec d’un faux-Messie. Même mineur, même rocambolesque, même désolant. Pour l’heure, on devra se contenter de cette piteuse chronique facebookienne.

L’emballement obsessionnel de millions de personnes pour un personnage surdimensionné par les médias n’est qu’à ses débuts et c’est davantage que les balivernes de Onfray sur Maastricht ce qui menace les démocraties médiatiques.