The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
BILLET D’AILLEURS : UNE VISITE INTEMPESTIVE

Qui êtes-vous ? – Vous ne me reconnaissez pas ? – Malheureusement, je n’ai jamais su distinguer entre les mendiants, les rabbins et les membres de la Société mortuaire. – Je suis Corona. – Je ne vous attendais pas là. – Personne ne m’attend là où il me trouve. – C’est lâche. – Plutôt malin. – On m’a dit que vous introduisiez par les narines, les yeux, les oreilles, on ne m’a pas dit que vous viendriez dans un rêve. – Tu dors la bouche ouverte et tu rêves les yeux ouverts, alors je suis rentré. – Décidément, vous êtes un enquiquineur. – Un enquiquineur, moi ?! Je suis venu t’alerter. – Et sur quoi donc ? – Tu t’es vu dans une glace, tu as l’âge de partir. To cœur est éreinté, pressé par le diabète, le cholestérol, la tension d’émettre son dernier râle. – C’est gentil, mais à mon âge et dans mon état, vous en conviendrez, partir maintenant ou plus tard, avec vous ou avec un autre, n’est pas pour m’émouvoir ou bouleverser mes habitudes. Je ne saurais renoncer à mon croissant aux amandes au petit-déjeuner, mon chausson aux pommes au goûter et mon succulent millefeuille dominical. Mes saucisses de pangolin abattu rituellement, mon bouillon de chauve-souris et le petit verre qui se remplit de lui-même pour me permettre d’écrire ces posts où je noie mon ennui. Sans parler que je n’ai rien trouvé de mieux à faire dans mon confinement qu’à me remettre à la lecture de Proust avec une boîte de Madeleines à portée de la main. – Je t’aurai averti. – Je ne crois pas plus en la réalisation des rêves que des prophéties. On investit des milliards dans la recherche sur le cerveau et l’on n’est pas à même de m’expliquer ce qu’est un rêve. – On investit des milliards dans la recherche pharmaceutique et l’on n’a pas prévenu une petite pandémie. – Une petite pandémie, salaud ?! – Connais-tu la notion de « delay of gratification » ? – J’ai passé l’âge d’aller à l’école et de béer dans l’ennui pour devenir médecin. – Je te propose un « delay of consideration », c’est le temps que l’on doit s’accorder pour considérer un événement qu’on est en train de vivre et dont on ne mesurerait l’envergure que des années plus tard. – Je ne serai pas là pour le considérer. – Ce sera un autre ! Dans le désarroi général, on n’arrête pas de débiter des banalités sous prétexte qu’on est philosophe, d’incriminer les politiciens sous prétexte qu’ils sont néo-libéraux, pseudo-libéraux ou libéraux autoritaires et de louer le personnel médical pris au dépourvu, de court ou de compassion. Mon intervention est peut-être plus salutaire qu’intempestive. Vous ne voyez que les victimes, les dégâts et les retombées immédiates, vous ne voyez pas ce que mon intervention épargne à l’humanité. – Je ne veux pas de ce leurre, je réclame votre autodestruction, le rétablissement des cours de la bourse et la réélection de Trump. – Ce choléreux ! – L’ouverture du procès de Netanyahou. – Ce malarieux ! – Le retour de la Grande Bretagne à l’Europe. – Je crois que vous entamez la phase coroneuse de délire. – Je ne veux plus discuter, ce rêve commence à m’assommer. – Rêvez bien parce que sitôt réveillé, ce sera de nouveau le cauchemar.

