The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
BRIBES PHILOSOPHIQUES : LE GÉNIE DU RÊVE

Le rêveur est à la fois l’artiste, le héros et le destinataire de ses rêves. Dans le cauchemar, il ne se suicide pas – il se réveille ; dans le beau rêve, il n'assouvit pas son désir – il s'endort. Le rêve procéderait à une décontextualisation des vécus suivie d'une recontextualisation insensée et insolite, ne s'inscrivant pas toujours dans l'horizon de la vie du rêveur : il procède à ce qu’on l’on nomme une « transmutation des figures » qui nous reste scellée. On ne sait s’il est commandé ou non par un mécanisme ; on sait seulement qu’il puise ses matériaux dans les vécus, sans que l’on puisse se prononcer sur les traitements auxquels il les soumet. Le rêve se propose comme une restauration de l’instinct, une réparation de l'omission, une compensation du manque à vivre. Il remplit des rôles de recouvrement, d’incubation, de résiliation… voire de remédiation médico-mentale. Toute tentative de réduire ses rôles à un seul, comme dans l’interprétation sexuelle, est vouée à l'échec. Le rêve semble ressortir en creux, travestis selon les rets de je ne sais quelles syntaxes, les manquements, les déboires, les regrets qui grèvent nos vies. Il s'impose comme rumination de l’instinct contre son bâillonnement par les convenances. Il varie du reste selon les âges et l’on devrait le mobiliser dans les considérations sur les dégénérescences de vieillesse. Mais peut-être le rêve n’est-il qu’une exhibition du langage sorti, pour pasticher Wittgenstein, en récréation, libéré des contraintes de je ne sais quelle grammaire ?
On ne peut s’empêcher de postuler l’existence d’une fonction ou d’un organe qui entrerait en action dans l'état de sommeil. Freud postule l’inconscient, mais on ne sait rien de lui. Ni selon quelle logique ou trame il déploie les rêves et imprègne les vécus dans l'état d'éveil ni quels rôles il remplit dans l’équilibre et le déséquilibre psychiques, la lucidité de l’esprit et ses nombreux troubles et dégénérescences. Les composantes du rêve seraient comme des pièces de logo qu'un génie rêveur réunirait à sa guise à partir des gravats de vécus. On ne sait jamais lesquels, pourquoi précisément ceux-là, dans quelles compositions ils entrent et selon quelles modalités. Souvent les rêves se présentent comme des séries débraillées d'incidents qui n'ont pas connu de dénouement, n'ont pas été traités et sont restés en suspens dans nos vies : les rêves seraient autant de « chutes » – comme l'on dit chutes littéraires – de la vie. Le rêve constitue la preuve la plus séduisante et tentante de la présence d'un « auto-génie » qui prendrait possession de nous sitôt engourdis ou endormis. Il serait si malin que nul ne comprendrait ses tours, les interprètes de rêves encore moins que les rêveurs. On ne se dérobe à sa visitation qu'en se réveillant – et encore !
On ne rêve pas parce qu’on dort, on dort parce qu’on doit rêver. Les nuits seraient comme les pages veloutées ou froissées d'un livre dont on tournerait les pages au hasard de ses souvenirs.

