The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
BRIBES PHILOSOPHIQUES : UNE ETHIQUE POUR LA MONDIALISATION

La distinction entre guerre civile intra-nationale et guerre internationale disparaîtrait avec les grands mouvements migratoires et la multinationalisation des entités étatiques historiques. Au XXIe siècle, les guerres partiront plus souvent de tensions au sein de populations mêlées et prendront davantage les allures de guerres civiles que de heurts entre les grandes puissances ou les puissances locales. Ces nouvelles guerres seraient autant de soubresauts des nations historiques tentant de s’insurger contre le régime mondialiste qui est en train de se mettre en place à l’échelle du monde autant qu’au sein de leurs populations respectives. Dans cette période de transition, qui risque de durer plusieurs décennies et de connaître des accès sanglants incontrôlables, les parties en lice ne seraient pas tant définies par des frontières géographiques que par des caractéristiques culturelles et linguistiques, tribales et ethniques, religieuses et communautaires. Quoiqu’une redistribution des populations – sous la pression de la violence politique, de l’intolérance religieuse ou du déplacement des marchés de l’emploi – ne soit pas à exclure, la grande mêlée humaine mondialiste reste inéluctable.
La mondialisation, dont la globalisation économique, telle qu’elle se dessine de nos jours, volontiers antisociale et anti-écologique, est à mettre à son débit, doit aller chercher sa régulation chez les Latins qui auraient été parmi les premiers mondialistes. C’est encore chez Epictète qu’on trouverait les traits qui nourriraient le manifeste d’une mondialisation qui ne serait pas que des produits (globalisation économique) mais aussi des êtres et s’inscrirait dans une gouvernance rationnelle du monde : « (4) Celui donc qui prend conscience du gouvernement du monde, qui sait que la plus grande, la plus importante, la plus vaste de toutes les familles est l’« ensemble des hommes et de Dieu », que Dieu a jeté ses semences non seulement dans mon père et mon aïeul, mais dans tout ce qui est engendré et croît sur la terre (5) et principalement dans les êtres raisonnables, parce que, en relation avec Dieu par la raison, ils sont seuls de nature à participer à une vie commune avec lui, (6) pourquoi un tel homme ne dirait-il pas : je suis du monde ; je suis fils de Dieu ? » (Epictète, Entretiens II, VIII, 2). Cette exhortation – un vœu pieux ? – présument que tous les hommes présentent les mêmes « prénotions » qui ne divergent que par leurs explicitations et leurs applications – mais souvent ce sont, bel et bien, celles-ci qui exacerbent l’humanité en chacun et la démonisent chez son prochain.
Kant aussi serait dans son genre un bon prophète de la mondialisation. Les maximes de sa morale se proposent de lier les hommes sans distinction de culture, de religion, de race, de couleur ou de nationalité. Son impératif catégorique garantit la conformité de la maxime subjective d’action qui anime chacun au principe de l’universalité concrète. Elle s’énonce de la sorte : « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu puisses vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle » (E. Kant, Métaphysique des Mœurs, Quadrige PUF, 1983, p. 285) ou encore : « Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature ». Cette vision éthique du monde présume bien sûr de la rationalité des hommes, de leur égale dignité, et réclame en toutes circonstances leur non-instrumentalisation : « Agis de telle sorte que tu traiteras l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen » (295). Les passions – nationalitaires ou religieuses se dissimulant derrière les rhétoriques identitaires – ruineraient pour l’heure toute délibération dépassionnée-rationnelle que réclame la mise en place d’une éthique mondialiste. Mais on saurait au moins, avec Kant, quoi viser, en l’occurrence l’accord de la volonté pratique avec la raison pratique universelle – « l’idée de la volonté de tout être raisonnable conçue comme volonté constituant une législation universelle » (297). Dans le souci écologique, dans le culte religieux, dans la recherche scientifique… dans le loisir d’être humain.

