The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
CHRONIQUE DE MOGADOR : KOLSHI FABOR

… ça va se calmer passer, cette exacerbation des esprits ces éclats de voix ces mauvaises haleines, les migrants les virus les venins, les accusations les semonces les poursuites, ces disputes ce remue-ménage ces roues, des vaticinations des prédictions des sornettes, des tribunes des micros des caméras, ils braillent comme autant d’épouvantails qui se prendraient à gesticuler pour empêcher les oiseaux de migrer, les malheureux ne sont jamais sortis de leurs livres ne se doutent pas qu’ils sont de papier et ne donneront que du papier, kolshi fabor, ils n’ont pas tenu la charrue manié la hache posé la brique, ils ne savent tendre la main ni pour donner ni pour recevoir, leurs intellectuels se gargarisent de leurs mots nos Bouderbalas s’étranglent de leurs mots, lesquels sont les plus lucides lesquels les plus niais, ils ne distinguent plus entre les charlatans et les médecins, les exorcistes et les musiciens, les mages et les druides, les aliénés et les prophètes, les arbres altiers et les arbres rabougris, le brouillon de leurs essais et le propre de nos vies, on ne vend pas du vent alors que le vent est gratuit, on ne crache pas sur les badauds alors que la salive est virale, on n’interne pas dans des écritures alors que l’encre a perdu toute couleur et que le sens se perd dans le palimpseste que sécrètent leurs dérisoires passions littéraires, kolshi fabor, les mots qui obstruent sont maudits les mots qui entrouvrent bénis et seuls les mots cousus de silence réservent le recueillement, Bouderbala ne connaît pas la duplicité intellectuelle, il ne distingue pas entre le cerveau et le cœur, dit le pour et le contre incarne le pour et le contre, soutient l’Atlas se perd en Sahara et coule avec le Draa, sa pensée se calque sur sa vie et l'on ne doit chercher ni cohérence ni conséquence, khalass kolshi fabor
… Bouderbala est l'hôte de Dieu du chemin de l'aurore du crépuscule, il ne marchande pas avec Dieu n'écule pas le chemin ne boude pas l'aurore ne se brouille pas avec le soir, il ne cherche plus ne lutte plus ne trime plus ne s’offense plus ne s’indigne plus ne se plaint plus ne pleure plus ne tergiverse plus ne répond plus, kolshi fabor, croise les passants répand ses marmonnements, Bouderbala n'exhibe ses haillons que pour se dérober à la curiosité malsaine, rien ne l'atteint ne le touche ne le contrarie ne le concerne ne l'engage ne le retient ne le presse ne le distrait ne l'accable, kolshi fabor, on ne l’incrimine pas ne le poursuit pas ne le brime pas ne le persécute pas ne le hue pas, ni pour ses silences ni pour ses cris ni pour ses traits ni pour ses rides ni pour sa présence ni pour son absence, Bouderbala simule sa mort pour mieux vivre fabor, à la grâce du Vent de Dieu, immortel depuis qu'il est mort, balance entre la science et la poésie la raison et l'irraison le sens et le non-sens la détresse et la sérénité, ni contradiction ni paradoxe ni moralité ni immoralité, les jours se relaient se ressemblent, les désirs se nouent se dénouent, les sens trament les rêves les mirages sur les passions, voué dans les entrailles de ma mère pour cheminer, je suis né pour être Bouderbala, j'ai vécu comme Bouderbala, je mourrai comme Bouderbala et ne laisserai d'autre testament que ces bribes arrachées au vent que je ne cesse de poursuivre, khalass kolshi fabor
… la liberté n’est qu’une incantation destinée à briser les scellés du destin, ornière où l’on s'enlise à mesure qu'on s'en dégage, Bouderbala s’accroche au miracle providentiel pour s’en arracher, respecte le protocole du hasard et rien n’est plus gratuit que de poursuivre le miracle qui s’emparera du nouveau jour, découvrir ses traits son allure sa cambrure, la tournure qu’il prendra, par les vertiges des grands errances buissonnières, en robes de pétales cousues de fil d’araignée brodées de limaille de son rouillée, des coquelicots dans les yeux des racines sur les mains des bourgeons sur la poitrine des éclaircies sur les lèvres, ballotté d’un regard à l’autre d’un désir à l’autre pour échouer lamentablement dans un beau rêve de Dieu racolé par Qandisha qui ne comprend pas plus que je ne comprends que tout est gratuit

