CHRONIQUE DE MOGADOR : LA FEMME EN HAIK

15 Jul 2017 CHRONIQUE DE MOGADOR : LA FEMME EN HAIK
Posted by Author Ami Bouganim

Je connais cette promeneuse. Je l'ai rencontrée des mille et des mille. Dans mes nuits blanches et noires, mes rêves et mes cauchemars. Dans la réalité aussi. Elle longe le parapet qui enlace l'océan du port à droite au chalet à gauche. Quand elle passait, je n'étais jamais loin, du côté de la terre ou de la mer, et chaque fois qu'elle se dévoilait, elle présentait l'insigne mérite de changer de traits. A Essaouira, regarder l'océan, suivre le ballet des vagues, le border de je ne sais quelles berceuses intérieures, est une manière de méditation.

C'est l'heure du soir où l'océan se retire, éreinté par ses assauts contre la presqu'île. La promeneuse n'a plus rien à craindre. Elle ne risque plus d'être agressée par une vague, elle est protégée par ses mouettes. En revanche, je ne sais pas de qui est cette photo communiquée par mon jeune ami Abdel Mouzi (Souiri) et je serais heureux que le photographe se signale pour que je le mette en garde, en mentionnant son nom, contre le grave danger qui pèse sur lui.

La ville se vide de ses promeneurs et se débarrasse de ses touristes. Ses mendiants rangent leurs litanies et les lettrés leurs livres. Les ménestrels se délestent de leurs instruments, les exorcistes marquent une pause dans leurs séances. Les mouettes et les goélands regagnent l'île au large. Les chats se retirent dans les vieilles bâtisses en lambeaux qui leur servent de gites dans l'attente d'un acquéreur-restaurateur. Les chiens accomplissent leur dernière ronde nocturne avant de regagner la lagune dans l'arrière-pays. C'est alors que la ville entière se livre à la… Qendisha.