The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
CHRONIQUE DE MOGADOR : LE VISAGE DE LA MAIN

C'est trop recherché pour que ce ne soit pas un montage. Les empreintes des mains sur la muraille, la main contre le visage chez la femme. Elle cache la honte de se compromettre ou se protège contre le malin qui la prend en photo. Elle est visiblement de cette génération qui ne pose pas dans une ville qui reste, malgré le clinquant de sa nouvelle hôtellerie, sur sa réserve. Ce que les hôtes de marque ne savent pas toujours, c'est que derrière la vitrine de luxe et les lampions des musiques du monde se cache la détresse des jours creux pour des milliers et des milliers de personnes. C'est normal, diriez-vous ; rien n'est plus anormal, rétorquerais-je. J'invite les touristes à honorer les mains qui se tendent, ils se procureraient ce que la ville a de mieux à proposer – la bénédiction de ses pauvres.
Les gens de la région ont plus d'une manière de montrer leur main. Elle ne se porte pas au cœur sans lui céder la parole et entourer sa voix d'un velouté de tendresse ; elle ne se porte pas au visage, sur la joue ou la bouche, sans se prendre de pitié pour soi et pour autrui. Les mains ne sont pas moins éloquentes que les traits du visage. Elles racontent les heurs et les malheurs, les cueillettes et les lessives, les hantises et les incantations, les silences et les cris, les prières et les sollicitations, les écritures et les corrections. Quand elle allumait ses cierges en souvenir de sa mère et de la mère de sa mère, ma mère se couvrait les yeux de ses mains veilleuses, marmonnait intérieurement ses prières et les joignait à ses lèvres avant de retourner à sa routine maternelle. Le heurtoir dans la maison de l'impasse du Souci où je suis né était une main de bronze et l'on sentait un cœur s'ouvrir avec la porte.
La main protège, secourt, conjure, invoque… prend le ciel à témoin. Elle est alors une arme de la prière, du secours et de la générosité. Mais elle peut également se révéler violente. Elle menace, chasse l'intrus, empoigne, serre à la gorge. On peut dire, sans craindre le schématisme, que les premiers gestes, empreints de sollicitude et d'inquiétude, sont plutôt féminins, les seconds, caricaturés par le mépris et la provocation, plutôt masculins.
La main qui se tend attend qu'une main l'exauce.

