CHRONIQUE DE MOGADOR : MACHA’ALLAH

6 Aug 2020 CHRONIQUE DE MOGADOR : MACHA’ALLAH
Posted by Author Ami Bouganim

… chaque matin, Bouderbala vit un miracle et a une révélation, il est indemne, macha’Allah, les embruns désaltèrent ressuscitent les ombres, sous le regard enchanteur qui tourne les jours autour de leurs gonds de malheur et de bonheur, c'est en Errant qu’il traverse son royaume, l’haleine alizée, de la criée à la prière, entre les monceaux des décors, de scala en scala et de zaouïa en zaouïa, de la place des Pauses à la place des Remèdes, du marché des Onguents au marché des Encens, c’est en ruminant qu'il traverse les portes, de celle de la marine à celle des âmes par l’alcôve du minzeh le portail des cavaliers l’arcade de la dentelle le péage de l’aumône, jusqu'aux magasins où l’on remise les dépouilles nocturnes qui ont perdu leurs âmes, sans céder aux huées des goélands aux insinuations des hirondelles, ramonant la nuit de son rêve du lendemain, paraphant les interstices du soleil, Bouderbala a son royaume dans la cité vague, entre mort et vie, le trône dans son cœur déborde de Dieu, cette nuit encore les scellés ont résisté aux vents aux vagues, macha’Allah

… dans les galeries l’art pose des couvercles sur les abîmes, donne contenance aux purulences, Bouderbala ne commerce pas avec ses dissonances, il ne les comble pas ne les cautérise pas, il les couvre de gravats de mots et les emballe dans des toiles d’araignées, certains créent de haut d'autres de bas, les uns de côté les autres de biais, il en est qui créent sans rien chercher d'autres qui ne créent pas ce qu'ils cherchent, Bouderbala n'est rien ne cherche rien ne se berce de rien, il ne légitime rien ne consacre rien ne rature rien, il sait le génie creux, il n’est doué que pour l’errance et c’est clandestinement qu’il calligraphie son passage, cultivant le silence pour ne pas se ridiculiser, passant de la réalité à l'irréalité, il sait que sans recueillement l'art ne serait que braderie du rien et c’est sur l’arar que Bouderbala incruste les versets de son recueillement, on ne le dérange pas dans ses ruminations esthétiques car c’est en somnambule impénitent qu’il rêve qu'il vit qu'il rêve

… au détour du soir les oiseaux voilent le soleil, une subtile pénombre s’étend sur la ville dans un chahut de rires et de pleurs, le désir perce le voile, un monde s’écroule un autre se love dans un cocon, Bouderbala sort de ses gonds pour se lancer à la recherche de la Qandisha Qedesha Shekhina, à la croisée des religions, d’un pas de plus en plus précipité, il ne résiste pas à l’élan du vent à la dissipation de la poussière, il ne se pose pas en prophète pour ne pas recevoir de pierres, il demande seulement la route pour Sidi Kaouki dans les Ida ou Gord' en pays Haha où il demanderait l’asile contre la sirène, toutes ces années, de cocon en cocon, Bouderbala ne s’est dissolu ni dans le roulis des jours ni dans le grincement de serrures, il a lu Ad-Damiyâti pour connaître l’illumination, ce sont les mœurs et les recours en Berbérie où Bouderbala a vu le jour renouvelable à vie, macha’Allah