The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
CHRONIQUE DE PHILISTIE : DES TRANSES CONSTITUTIONNELLES

Je ne m’émeus pas des transes constitutionnelles que connaît Israël. Elles étaient prévisibles et inévitables. Leurs racines sont plus profondes que les commentateurs politiques ne le présentent. Ce n’est pas qu’elles ne soient pas graves, elles risquent de conduire à la disparition d’Israël. Plus sûrement que la bombe nucléaire iranienne, les missiles du Hezbollah, les roquettes du Hamas… voire la rupture de l’accord de paix entre l’Egypte et Israël. Je ne m’émeus plus parce que j’ai passé l’âge de m’émouvoir. Je ne cerne d’ailleurs pas les nouveaux personnages qui ont bondi de je ne sais où sur la scène politique. Sont-ils des monstres ? sont-ils des héros ? Sont-ils théocrates ? Sont-ils démocrates ? Je ne comprends plus personne. Les uns autant que les autres. Je me contente d’entamer une nouvelle rubrique. Parce que ça participe de la mascarade démocratique-théocratique et que chaque semaine nous réserve de nouvelles surprises.
Le plus inquiétant pour l’heure reste, je l’avoue, mon impuissance face aux craquèlements dans la cohésion civile minimale requise pour garantir la viabilité d’Israël. Ce n’est peut-être que l’exacerbation des humeurs théologico-politiques qui accompagnent les déconvenues d’un bon sionisme qui se révèle un mauvais messianisme, la résurgence de vieilles mites religieuses, le retour d’un Dieu qui n’a cessé, autant le reconnaître, de décevoir. Je ne me soucie pas vraiment de savoir, j’ai assez écrit sur la question du temps où je me leurrais sur ma voix. Désormais, je n’ai rien plus en horreur que de me répéter et de me ranger à mon tour sous le régime de la sénilité universelle.
Ce n’était peut-être pas viable au départ. Malgré la vaillance des espoirs. Malgré le nouveau modèle du talith et le troc des lanières contre des galons et des médailles. Je croyais vraiment le ghetto derrière moi, je le retrouve devant moi ; je croyais les rabbins dans leurs synagogues, je les entends partout sur les ondes et les chaines en chevaliers de Gog et Magog. Je n’ai cure qu’on me classe avec les uns ou les autres. Je démissionne, j’ai démissionné. C’est encore la seule solution. Je vais ouvrir le Livre des Lamentations. C’est peut-être de la lâcheté, plutôt la lâcheté qu’une désastreuse illusion.
Pourtant le Juif errant était rentré. Je ne sais plus où. Je ne sais plus pour quoi. On ne dément pas Albert Londres. Mais peut-être n’est-il rentré que pour repartir à nouveau. Sur les traces de sa nostalgie. Sur les lieux de ses expulsions et de ses persécutions. C’est d’une surenchère assourdissante entre les belligérants, de celles qui précèdent les liquidations. Je ne sais de quoi. Le rêve. Le cœur. Les membres. En Dieu comme commissaire-priseur. Elles se concluraient par un troisième exil. Je serai de ceux qui s’en vont. J’ai choisi la destination. L’exil intérieur. Je ressusciterais si l’on me réveille pour un monde meilleur. Je me suis peut-être trompé. Ce n’était pas Israël, ce n’était que la Philistie.

