The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
Clochard
De rencontre en rencontre, par les rues et les quais, les gares et les ports, les îles et les bouges, les sanctuaires et les bordels. Les uns me lèguent leur sourire, les autres leur regard. Les uns me tendent la main ; les autres leur aumône. Les plus houleux me couvrent d’invectives ; les plus brumeux me servent des prêches ; les plus déments partagent avec moi leurs illuminations, les plus éloquents leur silence, les plus nobles leur solitude. Ces rencontres présentent un côté miraculeux, elles concrétisent le hasard. Dans Les Démons, Chatov a cette phrase : « Nous sommes deux êtres, et nous nous retrouvons dans l'infini… la dernière fois dans le monde[1]. »
Tant d’êtres humains – je ne sais combien de milliards – devraient inciter à plus d’humilité et de clandestinité. Cesser de se combattre et de débattre et se résoudre à la miraculeuse instantanéité de la mort. Chanter de désenchantement et consentir à se clochardiser, intérieurement sinon extérieurement. On se met sur la touche pour suivre le manège du monde. L'humanité s'est dissoute, la terre n'est plus qu'un vaste décor dénué de promesse. Ce serait une belle manière de survivre à sa mort. On en serait plus serein.
J'aurais été couturier, j'aurais passé mes jours et mes nuits à habiller et à déshabiller des mannequins. J'aurais été entremetteur, j'aurais passé ma vie à assortir les désirs. J'aurais été dieu, j'aurais passé l'éternité à créer des êtres humains, pétrir leur chair, modeler leurs formes, teindre leur peau, ciseler leurs traits, planter des regards, dessiner des sourires, tresser des cheveux. Or je ne suis qu'un clochard et je passe mon ennui à écouter le babil des enfants, le gazouillis des oiseaux et le délicieux caquetage et sanglant cliquetis des hommes sur terre.
[1] F. Dostoïevski, Les Démons, Babel, 1995, vol. II, p. 70.

