The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
DANS LE SILLAGE D’ADORNO : LES BRIS DE LA DIALECTIQUE

Adorno propose une sociologie de l'érudition davantage que de la connaissance. D'un côté, nous aurions la routine universitaire où végète, d'un article à l'autre, une érudition plus précieuse que pertinente, le conservatisme de l'Université dissuadant ceux qui s'aviseraient de s'arracher au ressassement, à la rumination et au plagiat plus ou moins déguisé ; d'un autre, les vedettes qui reluquent de vieilles doctrines pour les servir sous un emballage philosophico-journalistique. Un troisième groupe, ne présentant ni l'assiduité, la persévérance et le ronronnement des uns, ni le bruissement, le boniment et le brio des autres, réunit la gent morveuse : « La vanité du ressentiment conduit les moins capables à l'escroquerie intellectuelle » (T. Adorno, « Minima Moralia », Payot, 1983, p.65). Adorno ne cesse de mettre en garde contre la naïveté que l’on montre à l’étude de phénomènes qui ne seraient jamais aussi simples qu'ils le paraissent ou qu’on ne les présente. Le oui (une thèse) recouvrant un non (son antithèse), le non un oui, il préconise une pratique généralisée de la dialectique qui instruiraient comme des procès socioculturels prenant en considération les médiations qui entreraient dans les phénomènes humains et sociaux.
Adorno se montre si soucieux de se garder contre les démons philosophiques – la recherche de l’unité, de la cohérence et de la conséquence en vue de l’établissement d’une totalité, les considérations rationalistes, les déterminants de classe et la tractation marchande de la bourgeoisie, les incidences de la technique, les atours de la publicité... – que sa pensée prend la tournure d'un exorcisme devant lequel le lecteur reste pantois, ne distinguant plus entre la thèse et l’antithèse, cherchant vainement des bribes de sens dans l’inextricable et vaste bouillon de culture que proposent ses textes. Son recours à la dialectique est si général qu’il se révèle plus incantatoire et cathartique que critique, et à moins de se mettre à balancer avec lui, allant de-ci et de-là sans déboucher sur rien, on ne comprend pas grand-chose. Il s'interdit de se prononcer sur quoi que ce soit, ne disant rien de concret sans passer par de longues digressions. Sa dialectique revient bel et bien à compliquer les choses pour mieux les cerner et quand il mitige sa pratique, il tombe dans l’abscons ou la platitude. La glose guette, avec lui ou derrière son dos, les délibérations sur la réalité. Depuis, la sociologie ne cesse de compliquer les phénomènes pour les comprendre ou croire les comprendre – c’est cela aussi l’Ecole de Francfort et dans son sillage le radotage post-moderne où l’on ne retient pas grand-chose. Ce constat serait d’autant plus désespérant que, de l’aveu d’Adorno, la nostalgie agit partout comme le moteur ou le mobile philosophique dominant : « La plus profonde des méditations et des spéculations ne vous permet guère de faire plus que de retracer les figures et esquisses toujours nouvelles de l'ambiguïté de la nostalgie » (T. Adorno, « Minima Moralia », p.116).
En définitive, Adorno se rabattrait sur l’esthétique pour mieux énoncer des thèses positives. S’inscrivant dans la tradition hégélienne qui présente l'art comme une manifestation de la vérité, il tente de restituer ses paradoxes, proposant toutes sortes de considérations qui pèchent par leurs carences psychologiques. Elles sont grevées de tant de renvois idéologiques que le plus dialectique des lecteurs finit par se perdre. Le marxisme d’Adorno convertit toute critique en récrimination comme lorsqu'il dénonce « la conscience erronée de Balzac ». On en est à se poser une série de questions : Que trahit sa diatribe contre la pensée ? Que contribue-t-on quand l’on a circonscrit et dénoncé son essence bourgeoise ? Que décèle notre prédilection pour l'essai ? La pensée honnête est-elle condamnée à rester décousue ? Comment lui garantir néanmoins un tant soit peu de cette densité décelable dans le « serré de son tissage » ? Les considérations dialectiques d’Adorno n’en mettent pas moins sous sa plume, brisée, des formules intéressantes sur l’art qui fait miroiter « la promesse d'un bonheur qui se brise » (T. Adorno, « Théorie esthétique », Klincksieck, 1982, p.183).

