The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
DANS LE SILLAGE DE BENJAMIN : LE GENIE DU DESARROI

La lecture de Walter Benjamin donne le tournis. On ne sait qui il est ni ce qu’il veut être ; où il en est et où il veut en venir ; s’il pense mal ou s'il triche avec la pensée. Lui-même ne le savait probablement pas. Sa volonté se laissait déborder en permanence par ses velléités religieuses, philosophiques et littéraires et perturber par des besoins matériels quasi quotidiens. Pourtant il montre ce génie – l’ingénuité ? – de croire comprendre mieux qu’on ne comprenait autour de lui. Il serait meilleur critique que philosophe et meilleur philosophe que nombre d’auteurs sur lesquels s’exerce sa critique. Il mérite assurément d’entrer dans les lettres comme le théologien le plus raté de l’histoire des religions. Lui-même n’aura pas tranché, la postérité non plus. Il connaît désormais la gloire posthume de ces grands incompris qu’on ne saurait pas plus comprendre qu’ils ne se sont compris eux-mêmes. S’il était un génie, il l’était du désarroi ; s’il était un artiste, il ne l’était de rien ; s’il était un penseur, il l’était du non-sens.
Benjamin était de la gente des clochards qui courent les poubelles en quête de quelque pièce qui, une fois récurée, leur assurerait un repas ou un lit pour la nuit. Paris était son domaine, les livres ses poubelles. Seulement, il ne savait quoi chercher et il se contentait de rassembler les matériaux qui devaient servir au montage d’une œuvre dont il n’aurait pu préciser la vocation ni dessiner les contours. Sa pensée flânait entre les débris et les vestiges d'une tradition violemment secouée par le sens historique, en quête d'une pièce rare. Pur lui, penser revenait à glaner les citations et à les monter. D'une certaine manière, la dissémination commence avec lui. Il restera le plus ébahi des clochards intellectuels sinon le plus distrait.
Je n’ai jamais su que penser sur Benjamin, je l’ai dit dans « Le Rêve de Vivre » (Albin Michel, 2007). Peut-être savait-il que son œuvre s’inscrirait davantage dans la tradition talmudique que philosophique – à leur croisée…

