DANS LE SILLAGE DE BERGSON : L’ECLAT DU RIRE

16 Jul 2018 DANS LE SILLAGE DE BERGSON : L’ECLAT DU RIRE
Posted by Author Ami Bouganim

Bergson s'est intéressé aux élans, aux contours et aux détours que prend la vie pour persister dans sa vitalité et ne pas succomber aux scléroses qui la guettent, que ce soit celles de la matière ou de l'intelligence. Le rire est d'abord et avant tout un sursaut de la vie se secouant des contraintes que la société, la culture et la morale lui imposent. C'est la vie qui se moque de la caricature à laquelle l'acculent des schémas de penser et d’être dictés par les mécanismes et les automatismes sociaux et comportementaux. Elle rit de ses entraves, de ses déboires, de ses illusions et de ses leurres. Dans le rire, convergent la protestation contre l'engoncement de la vie et la tentative de s'en dépêtrer. On s'est écarté par distraction des normes et des convenances, somme toute artificielles, on peut s'en désoler, en désespérer, s'en excuser, s'en repentir, s'en corriger ; on peut également en rire et cette réaction serait plus saine que tout ce que la société attend de nous. Le comique est dans la raideur – « du mécanique plaqué sur du vivant » – autant que dans sa ruine : « Cette raideur est le comique, et le rire en est le châtiment » (H. Bergson, Le Rire, PUF-Quadrige, 1997, p. 16).

Bergson prête au rire un rôle correcteur autant que répresseur. D'un côté, il brise le carcan des considérations qui briment la vie sous le code sacro-saint du sérieux et de ses prétextes ; de l’autre, il châtie les mauvaises mœurs, ridiculise les vices, sévit contre les déviances : « Le rire est un certain geste social, qui souligne et réprime une certaine distraction spéciale des hommes et des événements » (H. Bergson, Le Rire, p. 67). Le rire s'exprime dans un éclat, à la manière des pleurs, et ce n'est pas par hasard, là encore, que les deux phénomènes libèrent des larmes. Baudelaire soulignait, lui aussi, qu'on a des larmes quand on pleure autant que lorsqu'on rit. Il déclare, un rien chrétien : « C'est aussi avec les larmes que l'homme lave les peines de l'homme, que c'est avec le rire qu'il adoucit quelquefois son cœur et l'attire ; car les phénomènes engendrés par la chute deviendront les moyens du rachat » (C. Baudelaire, « De L'essence du rire... », La Pléiade, vol. II, p. 528).