The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
DANS LE SILLAGE DE BERGSON : LA RUEE SUR LE CERVEAU

Les recherches sur le cerveau pèchent par leur réductionnisme. Elles pistent les traces des phénomènes psychiques dans le cerveau, que leur site de manifestation ou de révélation soit le cœur, l’estomac ou les reins. Elles s’inscrivent, implicitement ou explicitement, dans le paradigme du dualisme psycho-physique qui distingue entre l’esprit et la matière, l'âme et le corps. Quoique les penseurs et les chercheurs postulent toutes sortes d'interactions entre eux, celles-ci sont plus aléatoires que convaincantes. Elles perpétuent toutes sortes de paralogismes provenant du heurt des deux thèses contradictoires du réalisme et de l'idéalisme qui courent la pensée philosophique. La première pose la réalité des phénomènes dont nous prenons connaissance, la seconde les considère comme autant de constructions de l'esprit qui ne livre pas accès à la réalité telle qu'elle serait en soi et n'autorise par conséquent qu'une réalité perçue. Or ces deux postures de la connaissance recouvrent deux modes de notation : dans le premier cas, des choses ; dans le second, des représentations. La philosophie est émaillée de tentatives de pallier à ce dualisme qui n’emportent l’adhésion ni des métaphysiciens ni des chercheurs pour ne point parler des médecins qui se bornent à s’acquitter de protocoles composant souvent avec le dualisme psycho-physique, occultant dans les traitements physiques-corporels la dimension psychique-animique et dans les traitements psychiques-animiques la dimension physique-corporelle, contrairement à ce qui semble se passer dans les médecines alternatives plus marginales et clandestines que reconnues et conventionnées.
Bergson a cette métaphore pour se secouer des controverses que suscite la question psycho-physique : « Qu’il y ait solidarité entre l’état de conscience et le cerveau, c’est incontestable. Mais il y a une solidarité aussi entre le vêtement et le clou auquel il est accroché car si l’on arrache le clou, le vêtement tombe. Dira-t-on, pour cela, que la forme du clou dessine la forme du vêtement ou nous permette en aucune façon de le pressentir ? Ainsi, de ce que le fait psychologique est accroché à un état cérébral, on ne peut conclure au « parallélisme » des deux séries psychologique et physiologique » (H. Bergson, Matière et Mémoire, Quadrige/PUF, 1985 (1939), p. 5). C’est dire que Bergson n’attend pas grand-chose des recherches sur le cerveau qui ne serait qu’« un organe de pantomime » mimant la vie mentale. La recherche, volontiers mécaniste, ne restituera pas la plasticité des sentiments, l'arôme des souvenirs… le halo vital des phénomènes cervicaux : « Il [le cerveau] se trouverait vis-à-vis des pensées et des sentiments qui se déroulent à l’intérieur de la conscience, dans la situation du spectateur qui voit distinctement tout ce que les acteurs font sur scène, mais n’entend pas un mot de ce qu’ils disent. Ou bien encore il serait comme la personne qui ne perçoit d’une symphonie que les mouvements du bâton du chef d’orchestre » (H. Bergson, L’Énergie spirituelle, Quadrige/PUF, 1982 (1919), p. 75). Dans tous les cas, l’activité mentale déborde l’activité cérébrale et ce débordement plaide en faveur d’un « surplus » – l’âme ? – débordant le corps et survivant – ou non – à sa décomposition matérielle.
Les recherches sur le cerveau, qui mobilisent aujourd’hui des centaines de milliards, n’auraient d’autre choix que d’écarter l’immuable question psycho-physique pour espérer accomplir des percées dont les chercheurs ne sont pas toujours à même de préciser la nature et la portée sinon à recourir à des métaphores empruntées aux domaines de la robotique et de l’intelligence artificielle. Elles semblent poursuivre, sous la pression des maladies dégénératives notamment, le vain mirage de l’immortalité, cherchant dans le traitement par le cerveau je ne sais quelle panacée universelle. Ce n’est pas seulement en physique et en astronomie que les chercheurs sont débordés par leurs découvertes, au point de ne pas les « comprendre », ce le serait également pour le cerveau qui, pourtant, concerne ce qui est encore le plus proche de l’homme en le chercheur…

