DANS LE SILLAGE DE DILTHEY : UNE ESTHETIQUE BIOGRAPHIQUE

16 Apr 2021 DANS LE SILLAGE DE DILTHEY : UNE ESTHETIQUE BIOGRAPHIQUE
Posted by Author Ami Bouganim

Pour Dilthey, l'art est réconciliateur, conciliant dissonances et contradictions dans l'harmonie, rétablissant l'unité perturbée par la douleur. Il est plus proche de Goethe-Schiller-Schelling, pour lesquels l' « extérieur » serait une expression de l'« intérieur », commandée par le principe de la création géniale, que d'Aristote, dont l’esthétique est dominée par l'imitation. Dilthey inscrit son esthétique dans un paradigme musical : « ... une symphonie où les dissonances se résolvent les unes après les autres et qui s'achève enfin sur de puissants et harmonieux accords. » Parmi ses autres principes esthétiques, on trouve celui qui énonce que les créations de la vie psychique tirent leurs ressources des perceptions accumulées dans et par l’expérience : « Nous ne pouvons inventer aucun élément de la vie psychique, nous sommes obligés de les emprunter tous à l'expérience » (« Le Monde de l'Esprit » II, p. 169). Dans toute œuvre percerait, d'une manière ou d'une autre, le vécu de l'auteur. La subjectivité, quoi qu'on entende par ce terme,  serait à la fois l'agent de l'œuvre, son fonds nourricier et d'une manière ou d'une autre son objet.

Dans ses considérations psychologiques générales, Dilthey hésite entre une stratégie biographique, mieux désignée pour rendre compte de l'individualité, et une stratégie généraliste mieux désignée pour énoncer des généralités. De recherches biographiques, on ne saurait attendre des généralisations ; avec des études généralistes, on manquerait l'individu. Dilthey est si sensible à ce dilemme, caractéristique de la psychologie, qu’il mise sur la pertinence psychologique de l'étude biographique pour en extrapoler des généralisations tant en matière d'art que de pédagogie.

La critique savante n’a de cesse d’éviter l’artiste ou le poète. Sa stratégie serait d’autant plus irrecevable que l’on sait aujourd’hui qu’il n’est pas de grand artiste qui ne se mette en œuvre et ne mette en œuvre sa vie. La reconstitution de son atelier reste le premier et dernier mot de la critique honnête. L'esthétique ne saurait se borner, à l'instar de l'éthique, à considérer les seules causes matérielles ou formelles. L'art se situe résolument dans le royaume des fins. L'étudier sans considération pour les causes finales, comme le propose les écoles critiques du structuralisme, revient à le châtrer sinon à le ruiner.