The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
DANS LE SILLAGE DE HEIDEGGER : UNE MYSTIQUE DE L’ETRE

L’être n’est pas autant qu’il se déploie-s’invite à la pensée et s’en retire. Il se donne d’abord et avant tout à l’homme en disposition de l’accueillir, de l’éclaircir, de l’interpréter. Ce semble une expérience mystique autant que philosophique – à la croisée entre la mystique et la philosophie. Heidegger recourt à la notion d’« il y a » pour restituer la scansion du don-retrait caractérisant l’être en son épanouissement-dévoilement-rétraction. Le caractère impersonnel de « il y a » pointe l’absence ou l’inconnu qui persiste derrière et dans le don (à partir du néant ?). Le don d’être ne se laisse pas – ne devrait pas se laisser réduire ? – réduire à un étant qui n’en serait qu’une détermination, que ce soit l’Idée de Platon, la substance de Descartes et de Spinoza, la volonté de Schopenhauer, la vie de Bergson, etc. Le temps serait encore le meilleur candidat au rôle de donateur, ce serait lui qui donne l’être en un don continu et imperturbable.
On trouve une troublante convergence entre l'indétermination essentielle de l'être chez Heidegger – on ne saurait que poser la question de l'être et ne rien dire de lui sans tomber dans une vulgaire détermination ont(olog)ique, en l’occurrence comme l’étant tel que la science se le représente – et l'indétermination monothéiste de Dieu – dont on ne saurait se faire une image sans qu’il ne se dégrade en dieu païen et sans que son culte ne bascule dans l’idolâtrie. Il semble même que la détermination – théologique – de l'être comme dieu soit la plus intime, la plus séduisante... et la plus poétique. Chargé de meubler l'habitation de la terre, le poète (l’homme ?) ne saurait du reste se dérober à cette nomination des dieux dont il est le messager. Quoi qu'il dise, il prend la mesure ou la démesure de la distance qui sépare la terre du ciel ; quoi qu'il dise, il tente de nommer l'inconnu qui perce dans cette distance. Heidegger se risque même à des considérations générales, énoncées précieusement, qui se rencontreraient dans toutes les religions, des plus primitives aux plus évoluées : « Dieu apparaît par l'intermédiaire du ciel : et ce dévoilement fait voir ce qui se cache – non pas en tentant d'arracher à son occultation ce qui est caché, mais seulement en veillant sur lui dans cette occultation même. Ainsi, pour la manifestation du ciel, le Dieu inconnu apparaît comme l'Inconnu. Cette apparition est la mesure avec laquelle l'homme se mesure » (M. Heidegger, « Essais et Conférences », Gallimard, 1958, p. 237).
Dans sa polémique avec Heidegger, Lévinas donnera à l’« il y a » le nom de Dieu.

