The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LA CAPITALE DE NULLE PART

Béer Shéva est une ville insolite. Située dans le désert, elle aurait peur du sable, du soleil, des Bédouins. On la traverse à la hâte, on ne s'y attarde pas. Pour gagner Sodome sur la mer Morte ou Eilat sur la mer Rouge. Pour relier la cité des casernes qui pousse dans la rocaille et dont Béer Shéva ambitionne de devenir le club des loisirs. Une ville au seuil du désert qui poursuit un mirage inconnu, engourdie par la chaleur, accablée par l'on ne sait quelle incurie. Malgré les investissements ; les nouveaux immigrants ; les tours de plus en plus magistrales. On ne sait si elle bénit le désert ou le maudit ; si elle en est bénite ou maudite. Ce qui est sûr c'est que l'on sent le désert partout. Dans les rues. Les souks. Les esprits. Ce serait le brouillon ou le laboratoire de l'on ne sait quelle ville de l'avenir. Sinon, Béer Shéva, puits d’un serment immémorial, se pose en capitale du Néguev.
Les plus inconditionnels et prestigieux de ses patriotes ne tolèrent pas qu'on attente à sa notoriété. Pourtant je n'en ai pas rencontré un qui n'ait une résidence secondaire, avouée ou secrète, à Ashdod, Tel Aviv ou dans l’un des kibboutzim de la région. Pour le week-end, pour s'aérer, pour échapper à l’ensablement. Un peuple de parvenus ne s'acclimate pas au désert et les Israéliens sont tous, dans une mesure ou une autre, d’une manière ou d’une autre, pour l’heure, des parvenus invétérés. Ils en ont la vergogne, l'assurance, la convoitise… le mauvais goût. Ce n'est pas un peuple pour le désert, auquel ils ont été condamnés pendant quarante ans. Il en est sorti, il n'y retournera pas. A moins que les parvenus ne mettent un frein à leur bourdonnement et n'accèdent à la noblesse, qu'elle soit de l'âme ou de l'esprit, du recueillement ou de la méditation.
Une manière de désensabler la ville a consisté à bâtir une université. Elle a attiré des budgets, des chercheurs, des étudiants. Pour certains recalés des autres universités, pour d'autres intéressés par une ambiance académique plus conviviale. Le campus a vite reculé devant la menace du désert et s'est enfermé dans une bulle climatisée, davantage que les universités de Jérusalem et de Tel Aviv. Il ne se reconnaît pas dans la ville qui l'entoure, il est coupé d'elle. Les chercheurs donnent l'air d'être déplacés, étrangers aux décors, ne quittant leur bulle que pour se rendre… à Tel Aviv, Londres ou Harvard. Ils seraient intimidés par le désert, révulsés par la ville, horripilés par les mœurs. Rares, très rares, sont ceux qui prennent leur retraite à Béer Shéva. La ville aurait le désert contre elle. Sans cela, elle ne manquerait pas de les retenir…

