The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LA CASBAH DE LA RENAISSANCE

Le centre de la ville serait un musée puisque je ressens le même tournis à le visiter que lorsque je me risque dans un musée. Les volets, de toutes les couleurs, sont clos ou entrouverts, les rues pavées de dalles de différents modèles. La Renaissance se loge dans les noms des sites et des rues, de Dante à Michel-Ange et de Médicis à Machiavel. C’est un ensemble de places dominées par des cathédrales que relient des carrioles attelées à des chevaux d’époque. Le grand cheval dégingandé ne cache pas son ennui muséologique. Il trotte par-ci ; il traîne par-là. Il hennit devant une église, soupire devant l’autre. Il paraderait dans ces décors depuis des siècles et il ne demanderait qu’à prendre sa retraite dans une prairie où il pourrait troquer son avoine contre de l’herbe verte. Florence est une casbah dans son genre, celle de la Renaissance, persistant à sonner ses cloches pour marquer les heures qui passent et les ans qui coulent.
Dante garde la basilique qui domine la Piazza Santa Croce. Il ne cache pas sa colère contre les touristes, à moins que ce ne soit sa détestation, lui qui pourtant se risqua à visiter l’enfer pour nous condamner à l’infernale lecture de sa « Comédie divine ». Sa maison – sa reconstitution – se dresse sur une autre place. Son église et son musée. La Piazza della Signoria propose sa fontaine et sa galerie de statues. La cathédrale Santa Maria del Fiore s’est construite sur cent-cinquante ans et a réclamé quantité de marbres de la région, de Carrare et de Prato. La place de la Paille, la place des Fleurs. Partout des boutiques de vieilleries dont une qui ne propose que des Pinocchio, le personnage le plus emblématique et attachant de cette Italie qui ne s’entendrait plus à son théâtre de marionnettes politiques. Le cocher débite de sa voix monocorde cent-cinquante églises et cent-cinquante musées. Il nous libère au seuil du Pont Vecchio dont les bouchers, les tripiers et les tanneurs, qui indisposaient Ferdinand Ier de Médicis, cédèrent place aux bijoutiers et aux joaillers. On se plait à croire que les surplombs, coulisses ou saillies, avec leurs tuiles, leurs grilles et leurs volets abriteraient désormais des ateliers d’artistes ou des cellules de plaisance pour aliénés – peut-être une maison close telle qu’elle existait à la Renaissance. Sous le pont, l’Arco prend une retraite méritée. Sur ses berges, les pigeons moirés et chatoyants ont les couleurs et le velouté des lieux. C’est une de ces villes qui n’attirent les pèlerins que pour les méduser et leur communiquer une indigente mélancolie touristique.
La Renaissance était un vaste chantier de conspirations et de constructions. Des bâtisses et des citadelles où les rires se mêlaient aux larmes et où les praticiens vivaient sur le mode de l’éternité. Je ne suis qu’un vulgaire touriste de passage dans une carte postale qui survivra au jour qui blêmit sur une civilisation qui se serait tant maquillée et vernie qu’elle ne supporterait pas les rides.

