JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LA DECOMBRE ARDENTE

12 Feb 2024 JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LA DECOMBRE ARDENTE
Posted by Author Ami Bouganim

Cette décombre représentait la relique par excellence, avec laquelle aucune autre ne rivaliserait jamais. Ni celle d'un saint réalisant des miracles ni celle d'un enfant encore babillant. Elle était peut-être atteinte de l'une des maladies dégénératives dont on ne cesse de constater l’expansion ; elle l'était sûrement. On cherche un remède, on le trouvera. La vie n'en dégénérera pas moins en chacun. A cent-vingt ans sinon à cent. Le harcèlement gériatrique menace de maintenir en vie de vieilles personnes qui n'ont plus leur tête. Dans une para-condition encore plus humiliante que celle des détenus et des aliénés. Des créatures sans mémoire, sans désir, sans volonté, sans autonomie, sans plus de contrôle sur leurs membres et leurs organes, tour à tour apathiques et excitées selon le dosage des drogues qu’on leur administre. Au-delà ou en deçà du bien et du mal, du beau et du laid, de la sérénité et de la terreur. Toutes les questions – métaphysiques – sur l’être, théologiques – sur Dieu, psychologiques – sur les tournures et les ruses de la volonté – butaient contre cette relique réduite par je ne sais quelle conversion de Dieu en Diable à un déchet dans cette industrie de la déréliction qu'était la sordide décharge de gravats humains où elle avait échoué. Ce bonheur des bonheurs, cette sainte, cette divinité ne cessait de se calciner. Les déconstructions les plus critiques ne rivalisaient pas avec ce délabrement. Mes sentiments étaient tenus en échec par une désarmante impuissance. L'amour bien sûr, quoi qu'on entende par ce terme, la tendresse, la sollicitude, la piété. J'avais beau me raisonner, je n'arrivais pas à surmonter mon désarroi. Je sentais que l'interrogation sur le sens et le non-sens devra partir de cette déchéance. De plus en plus.