JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LA LISIERE DE LA SOLITUDE

31 Dec 2024 JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LA LISIERE DE LA SOLITUDE
Posted by Author Ami Bouganim

La solitude est le terrain vague où nul ne s’annonce et où l’on grince d’ennui. On n’a rien à dire à personne et sitôt qu’on parle on se sent déphasé ou débouté. Pourtant, ce n’est que dans la solitude que l’on accède à la vérité sur soi sinon que nul autre que soi ne sait laquelle. Le sens exacerbé de l’unicité s’accompagne d’impuissance puisqu’il dissuade toute velléité de dévoilement intime. Les grands solitaires modernes, de Kierkegaard à Nietzsche, étaient de grands vaniteux. Pour l’un, on n’est vraiment sincère que dans la solitude dont l’on ne se départ pas sans basculer dans le mensonge ; pour l’autre, la solitude est l’isoloir requis pour une grande création préservée des nuisances de la chose publique.

Sinon la solitude la plus courante est à la lisière de l'existence humaine. Elle exclut du manège des hommes, elle se garde de ses rouages. Elle pointe l'univers du hors-jeu où l’on est malheureux ou bienheureux, sous-homme ou surhomme, partiellement hors de l'humanité, n'admettant pas ses normes, s’en accommodant pour mieux assumer sa clandestinité. Le solitaire assume dignement tous les balancements. Sans s’en griser ou s’en désoler, tour à tour gai et triste, ne s’encombrant pas des considérations sur le nihilisme qui lui reste étranger. Il est sur la touche, hors de tout manège, voire hors d'atteinte. Il ne s'émeut ni des invectives ni des louanges. Il est d'accord sur tout, en désaccord sur tout. Il ne pratique que des chemins de traverse, il est un chemin de traverse. La solitude est une malédiction riche en ressources ou une malédiction porteuse de tourments.

Le solitaire est amoral. Il ne dépend de personne, ne se compromet avec personne, ne porte atteinte à personne. Il ne se montre ni patient ni impatient ; ni sévère ni indulgent ; ni violent ni magnanime. Il est seul maître à bord d'un univers qui n'empiète sur aucun autre.