The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LE PASSANT PARISIEN

Le passant était une institution poétique parisienne. On passait dans le regard des passants qui passaient dans le vôtre. Il était plusieurs manières de passer. Il en était pour parader, chamarrés de rubans, de décorations et de rosettes. Pour se pavaner, auréolés de gloire, vedettes des médias, des lettres, des écrans, des arènes. Pour se dérober en inconnus pénétrés de leur clandestinité. Pour traîner en retraités qui ne poursuivaient d’autre rêve que de survivre au jour et à sa nuit. Léon-Paul Fargue prenait son plaisir à suivre les piétons qui arpentaient les quais : « Vieux messieurs rentés, soignés, gâtés, qui cheminaient voluptueusement le long des cartes du ciel, des timbres-poste, des gravures pornographiques et des éditions originales, en attendant l'heure d'aller retrouver au Bois, dans quelque thé, dans quelque boudoir aussi, quelque petite femme généralement dressée par un dompteur ou par un montreur de puces. »
C’était son allure qui permettait à la passante parisienne d’imprimer sa signature sur le roulis des saisons, des modes et des jours. Elle découvrait son visage, elle voilait son regard qui ne s’attardait que rarement sur les passants. Elle passait dignement et solennellement et l’on devinait dans cette dignité et cette solennité des tributs à Paris et à la seule philosophie qui collerait encore à ses pavés – la philosophie du passage. La vie est passagère, le jour est passager, seule la beauté de Paris serait immuable. Désormais, la vie serait tant embouteillée qu’on ne passerait plus. Les passantes resteraient branchées à l’on ne sait qui par l’on ne sait quels satellites. Nous aurions le regard pour les retenir, le sourire pour les séduire, la voix pour les héler. On n'aurait plus les mots pour les aborder, encore moins l’audace sous peine d’être poursuivis pour harcèlements. Déjà Baudelaire se contentait sagement de livrer ses regrets aux vers :
« Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais ! »

