JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LE SUR-SENS DE LA VANITE

17 Apr 2025 JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LE SUR-SENS DE LA VANITE
Posted by Author Ami Bouganim

La vanité consiste à croire son destin inscrit dans les étoiles ; l'humilité à le croire inscrit dans ses gènes ; la prétention à s'en croire maître ; la sottise à se croire libre de tout destin. C'est le monothéisme qui a pavé la voie à la vanité de l'homme occidental. Il ne se pose pas en image de Dieu sans briguer un statut divin. Surtout quand, perdant tout sens religieux, il ne lui reste que la vanité. On pèche alors par vanité ; on ne pèche que par vanité. On se prend pour l’on ne sait quoi. On perd le sens de la mesure. On parade dans le monde. De tout côté que l'on se tourne, on tombe sur soi ; partout où l'on se cherche, on ne trouve que soi. On ne se contente jamais de ce que l'on est ou a. Celui-ci veut encore une médaille ; celui-là, un titre. L'un réclame que l'on se prosterne devant lui ; l’autre que l'on chante ses louanges du matin au soir. L’homme est tellement vaniteux qu’il donne sens à sa voix, qu’elle prêche, poétise ou/et philosophe. Il ne peut parler sans engager l’être à travers son dérisoire être.

La vanité est rengorgement de soi. Elle se rencontre, déçue ou pantelante, chez tous les humains. Ce serait leur trait le plus caricatural. Angelus Silesius :

« Homme, garde-toi de toi-même. Si tu regorges de toi /

Tu seras plus néfaste que mille diables. » (« Le Voyageur chérubinique » V, 144, p.373).

Le péché est cette assignation à soi par la vanité. Sans cesse. Angelus Silesius encore :

« Le pécheur ne voit pas ; plus il court et court encore /

Dans sa propre personne, et plus il s'aveugle » (Ibid. II, 181, p.178).