JOURNAL DE LA PERPLEXITE : TETER LA MERE

3 Mar 2025 JOURNAL DE LA PERPLEXITE : TETER LA MERE
Posted by Author Ami Bouganim

La perplexité de s’accommoder de tout et de rien. De la ligne des crêtes, des volutes de sable, de l'écume des vagues. Se recueillir dans le merveilleux miracle d'être présent, par-ci par-là, sans raison, dans le non-sens assumé avec sérénité, sans invoquer d'autre Dieu que celui qui ne se dit pas et qu'on ne partage avec personne sinon une compagne occasionnelle ou un compagnon de périple. La perplexité de vivre c'est attendre avec patience un avion dont on ne cesse de reporter le décollage et de meubler l'attente de mots qui ne disent rien. Elle n'invoque pas d'autorité, elle n'en recouvre pas. Elle ne cherche pas à convaincre et se garde comme de la peste de cette terreur qu'exercent les intellectuels qui martèleraient leurs mots pour paver les avenues propices aux slogans scandés et aux pas cadencés.

Le taoïsme se livre à sa manière une apologie de la perplexité se tressant d'innocence, d'inactivité, de paresse, voire d'inconscience. Sans agitation, sans prétention, sans sophistication. Réservé aux sages davantage que destiné au commun des mortels. Il récuse même cette étude obligatoire et cette éloge de la studiosité qui structurent tant l’Occident :

« Quiconque renonce à l'étude

n'aura plus de soucis.

quelle est la différence

entre le oui et le non ?

Quelle est la différence

entre la beauté et la laideur ?

On ne peut pas redouter

ce que les autres redoutent,

car toute étude est immense

et sans fin » (Lao-tseu, « Tao-tö king », XX, La Pléiade, p. 22).

Ce poème se termine par ces paroles :

« Moi seul je diffère des autres hommes

parce que je tiens pour précieux de

"téter la Mère". »