JOURNAL DE LA PERPLEXITE : UN ECRIN SUR L’ATLANTIQUE

8 May 2022 JOURNAL DE LA PERPLEXITE : UN ECRIN SUR L’ATLANTIQUE
Posted by Author Ami Bouganim

As(s)ilah, située à une quarantaine de km au sud de Tanger, n’en serait que la dépendance atlantique. Sa médina serait l’une des mieux restaurée du Maroc. Les voitures sont interdites d’accès, les artistes bienvenus. Sa restauration est l’œuvre d’un patriote de la ville, ancien ministre de la Culture et des Affaires étrangères. On sent qu’elle s’est doublée de celle de ses gens qui l’habiteraient comme dans un écrin sur l’Atlantique. Sans chercher à la quitter, sans céder aux mirobolantes propositions d’acquéreurs en quête de sensations. Sa restauration tranche tant avec celle d’Essaouira dont l’expansion touristique et urbaine a vidé la casbah et la médina de leurs habitants originels, pour ne point parler du mellah en ruines, que je me surprends à trahir Essaouira pour elle.

Devant l’entrée principale de la vieille ville un jardin porte le nom de Tchicaya U tam’si. Personne ne se souvenant plus de lui, je me suis rabattu sur le web. Il est considéré comme l’un des plus grands poètes congolais. Assilah a créé un Prix Tchicaya U Tam’si pour la poésie africaine. Ce n’est donc plus l’Europe, ce serait déjà l’Afrique. Un poème de lui est gravé en trois langues sur une stèle :

« N’ouvrez pas la porte

Vous ne l’entendrez pas grincer

Non

Vous ne saurez rien de ma mémoire

Ni de mes vies latentes

Venez ce soir

Ma tête est parfumée

Ma sueur c’est de la bonne résine

Venez ce soir allumer vos lampes

La nuit viendra

Mon âme est prête toute »

Ailleurs, on aurait gravé le nom d’un donateur.