The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
JOURNAL DE LA PERPLEXITE : UN ECRIVAIN EXAUCE

De terribles dilemmes le guettaient sitôt qu’il s’installait devant la page blanche. Toutes les possibilités fondaient sur lui. Il pouvait soutenir l’antithèse autant que la thèse. Mener ses personnages par ci ou par là. Prolonger ses phrases ou les interrompre. Choisir un mot plutôt qu’un autre. Il ne se décidait pas. Il n’avait pas accompli quatre ou cinq phrases qu’il se retrouvait face à un nouveau dilemme. Une misérable vie d’écrivain clandestin dissipant son talent à désespérer de pouvoir se lancer la veille sans échouer le lendemain, entamer un livre sans l’abandonner, commencer une phrase sans la raturer. Il lui arrivait bien sûr d’abattre deux ou trois pages d’un seul trait, la plume livrée à elle-même, portée par l’enthousiasme et l’inspiration, réalisant l’œuvre qui lui était échue. Il livrait ses nausées et ses enchantements, ses souvenirs et ses rêves. Il vidait ses rancunes, s’acquittait de ses revanches, rameutait ses prières. Il coloriait ses aubes, décolorait ses soirs. Deux à trois pages plus loin, il n’était pas plus avancé. Il ne savait toujours pas où il en était dans sa narration ni où il allait avec ses personnages. De nouveau l’ennui, de nouveau la paresse. Il savait toutes les thèses lacunaires, tous les personnages dérisoires, tous les récits aléatoires. Ces mots avaient tant servi, les tournures de ses phrases étaient si prévisibles, il ne cessait de se raturer. Il ne montrait ni le glorieux non-sens de ses maîtres ni la puérile poésie de ses étudiants. Il n’était pas doué pour les lettres, ne le serait jamais. En outre, il ne savait où se placer pour dire ce qu’il voulait raconter. Plus il s’intéressait aux places que les autres occupaient, leurs présences et absences, leurs postures et impostures, et plus il perdait pied et ne savait où se mettre. Plus il maîtrisait les techniques d’intervention et de non-intervention de l’auteur et plus les difficultés s’accumulaient. Ses misères ne prirent fin que le jour où il se mit à l’IA dont les productions étaient si léchées qu’elles répondaient à toutes ses exigences et ne provoquaient plus sa rage de rature. Il était enfin exaucé, il avait trouvé son style.

