The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
JOURNAL DE LA PERPLEXITE : UNE CITE PATOISE

Montréal est une ville où les habitants, venus d'on ne sait où, en partance vers on ne sait où, n'auraient pas la mémoire des lieux. Le Saint-Laurent ne drainerait plus que les vestiges pantelants d’une présence française sur un continent irrémédiablement américain. Son ciel portuaire conserverait en permanence, mêlés l’un à l’autre, le souvenir et la hantise de grands gels hibernaux. Les mouettes, visiblement dépassées par les buildings, se seraient mises aux mœurs des pigeons. Des pierres grises mettent leur austérité à cette ville provinciale où l’histoire mousserait sur ses toits verts. Dans des parcs ouverts, entre les couleurs de l’automne palissant, trottent des pies, des écureuils et des merles d'Amérique, avec deux ocelles rouges et jaunes. Des rues longues et vides, des rames de métro longues et vides. Une périphérie du monde sans venin et sans chahut, peut-être aussi sans passion, qui ne caresserait le rêve ou le cauchemar d'une indépendance que pour donner un sens à son ennui et une vocation à sa marginalité. Une ville pavillonnaire, avec des supermarchés dans ses entrailles, que domine un cimetière. Six mois par an, elle vivrait en noir et blanc ; six mois par an, elle se remettrait de son hibernation. Son vieux français résonne du reste comme un patois de l'Américain.
Les églises et les monuments sont encastrés entre les tours, l'Europe détonant avec l'Amérique. Les premières sont ouvertes au nomade citadin que serait l'homme sous ces horizons. Le marbre des sanctuaires catholiques respire la berceuse ou le calvaire, le bois des sanctuaires anglicans l’écriture ou le cercueil. Des basiliques, comme Marie-Reine-du-Monde, reproduction de Saint-Pierre de Rome, seraient trop grandes et trop vides pour figurer le tombeau d'un homme ressuscité dieu. Le « Catholic Digest » qui vous accueille à l'entrée ne change rien à la torpeur d'une religion percluse. Notre-Dame, où l’on aura songé représenter le ciel, propose les messes permanentes des guides touristiques qui se relaient. Le drame, somme toute cocasse du Québec, ne réside pas tant dans le destin anglophone qui le guette que dans ses vaines velléités indépendantistes. Les Anglais ne toléreraient les Français que comme locataires, attendant qu’ils s’éteignent pour récupérer leur bail.
Parcourir des milliers de kilomètres pour découvrir des gens qui ne se doutent pas même que je suis un étranger achève de me convaincre que la terre est une vaste termitière avec une multitude de créatures vivantes dont des humains qui se bercent de l'illusion d’être maîtres de leur liberté. Je considère certes comme un devoir humain de sillonner la terre, observer ses gens et étudier leurs mœurs, mais je n'en ai, je le crains, ni les ressources ni les dispositions requises. Peut-être l'Inde, par politesse à l’égard de l'humanité. Pour accroître ma perplexité aussi.

