JOURNAL DE LA PERPLEXITE : UNE POESIE CADAVERIQUE

11 Jul 2024 JOURNAL DE LA PERPLEXITE : UNE POESIE CADAVERIQUE
Posted by Author Ami Bouganim

Baudelaire était un sorcier qui préparait des potions poétiques destinées à perdre et à sauver des hommes passablement anémiés. Il peint et sculpte avec des mots et c'est plus troublant qu'avec des couleurs et des ciseaux. Son succès ne participe pas peu de son talent de chansonnier qu'il s'est gardé de brader. Grâce à un style ciselé, il donne l'illusion d’être sage alors que son œuvre serait la cage où il internait ses démons. La damnation donne à son alchimie poétique une tournure métallique, convertissant la boue en diamant et coulant le désir dans l’art.

Baudelaire présume d'une surdité et d'une cécité universelles. Il n'écrit ses poèmes pour personne, pas même pour lui-même, mais sous la pression d’une inspiration lui intimant d'assumer une présence poétique parmi des êtres qui ne voient ni n'entendent. La solitude enrobe sa poésie, donne leur vernis à ses vers, perce de ses rimes. Ce n’est plus l’homme Baudelaire qui compose des poèmes, c’est son cadavre. Sa création descelle un silence macabre, au point que ses poèmes se présentent comme autant de cercueils de l'on ne sait quelle passante, quelle chimère ou quel mirage. L'art s’impose comme le meilleur antidote contre la mort, il couvre l'abîme de la tombe. Les vers baudelairiens, restituant le cadastre de son passage sur terre, berceraient le poète en son abîme.