The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
L’ILE DE SAMIRIS
Dans la crise humanitaire qui accompagne le mouvement méditerranéen des migrants, la solution la plus intéressante reste celle du magnat égyptien Naguib Samiris. Parce que c’est la seule qui prend en considération les attentes humanitaires des migrants et les hantises religieuses de l’Europe. Parce qu’elle est plus réalisable que toutes les autres solutions. Parce qu’elle constituerait un précédent particulièrement prometteur. L’accueil des migrants en Europe se heurtera à un moment ou l’autre au seuil de tolérance des gouvernements qui n’arrivent pas à intégrer leurs propres émigrés ni à régler les problèmes endémiques de croissance et de chômage dans leurs sociétés. Davantage que les coûts financiers, ils redouteraient le démembrement des cartes politiques locales et la montée des partis d’extrême-droite nationalistes et xénophobes. C’est toute l’Europe, fragilisée par les dettes nationales, qui risque de voler en nations plus protectrices les unes que les autres.
La solution de Samiris ne retiendra pas l’attention parce qu’elle est… méditerranéenne et qu’elle sort de la routine de la politique occidentale. Pourtant, ce serait, relativement vite, une lumineuse île. On la rachèterait aux Grecs qui cèdent leurs îles à vile prix aux Chinois et aux Russes ou aux Italiens dont les îles se dépeuplent. C’est simple, c’est faisable. Surtout si les Qataris renoncent à leur rêve d’acquérir l’île Saint-Louis et à leur tentation de renflouer en permanence les caisses du Saint-Germain, si les Saoudiens se décident à allouer 1% de leurs recettes pétrolières au projet et l’Iran autant sur les budgets dégelés par la levée des sanctions. Sans parler des contributions des gouvernements européens qui gagneraient à cette solution davantage qu’ils ne perdraient. On aurait peut-être une île de rêve, modèle pour toutes les îles naturelles que l’on repeuplerait ou artificielles que l’on construirait.
Bien sûr, on devra tout faire pour que ces îles de refuge deviennent des îles du monde à venir et qu’elles soient considérées comme les premières pièces dans le régime de gouvernance mondiale qui se mettrait en place. Nullement des îles provisoires, mais des îles où l’humanité se croiserait et se métisserait. Malheureusement, on ne peut s’en remettre aux migrants eux-mêmes. Ils recherchent la vie et la sécurité, ils ne recherchent pas la révolution. Mais ce sont des créatures utopiques, on doit pouvoir cultiver les germes d’utopie qu’ils véhiculent sans attendre d’eux de se mobiliser et encore moins les contraindre. Les débuts seront à n’en pas douter sensibles et délicats. Ils seront moins durs que l’installation des premiers colons en Amérique, plus durables que l’installation des réfugiés dans des camps de tentes en Turquie ou en Jordanie, plus prometteurs que leur concentration dans des bidonvilles autour de Paris, Londres ou Berlin.
Dans un premier temps, on créerait les infrastructures les plus vitales, l’alimentation en eau et en électricité, des villages de caravanes, des baraquements scolaires et des centres hospitaliers en dur. Israël n’a cessé d’accueillir des centaines de milliers de nouveaux immigrants en des temps records, il n’est aucune raison pour que la communauté internationale n’en fasse pas autant. L’île Samiris se donnera un mode de gouvernance provisoire sous le contrôle d’un comité international, qu’il soit l’émanation ou non de l’ONU. Il garantirait :
Dans le domaine des libertés :
- La liberté d’expression, de religion et de circulation.
- La scolarisation et la coéducation jusqu’à l’âge de dix-huit ans.
- La santé publique gratuite sous les auspices des instances médicales internationales.
- La pratique du plurilinguisme avec l’anglais comme langue officielle.
- L’instauration d’un laissez-passer international doublant les passeports respectifs des migrants, encore valides ou périmés.
- La séparation de la gouvernance civile et sociale de la pratique des cultes religieux.
Dans le domaine économique :
- L’allocation d’une aide humanitaire familiale pour des périodes n’excédant pas dix ans.
- L’allocation de terres à ceux qui souhaitent se livrer à l’agriculture avec l’assistance de conseillers venant du monde entier.
- L’allocation de prêts pour des périodes de dix ans à tous ceux qui souhaitent ouvrir de petites entreprises.
- La mise en place d’incitations aux conglomérats mondiaux à installer des succursales sur l’île avec des garanties de la banque européenne ou mondiale.
- L’accueil de délégations humanitaires – médicales, technologiques, compagnons – pour des périodes de volontariat civil sur l’île avec la possibilité de s’y établir.
Dans le domaine sécuritaire :
- L’envoi d’une force armée formée des casques bleus de l’ONU assistée de forces auxiliaires recrutées au sein des migrants.
- L’établissement de cours de justice sous le contrôle de la Cour internationale de la Haye.
- Le rétablissement des travaux forcés présentant un intérêt public pour le grand public (routes, voies ferrées, port…)
- Le bannissement de l’île vers les régions d’origine pour toute perturbation théologico-politique ou incitation à la haine raciste ou à l’intolérance religieuse.
- L’ouverture de consulats pour les seuls Etats contribuant au financement de l’aménagement de l’île.
Au bout de dix ans, les migrants installés sur l’île depuis cinq ans au moins seraient invités à se prononcer par référendum sur la proclamation de l’indépendance de l’île ou son rattachement à l’un des Etats qui se porterait candidats.
Ce n’est pour l’heure que le brouillon d’une île, ce pourrait devenir la première île de Thélème et celle-ci la première pierre dans une gouvernance mondiale.
La proposition de Samiris ne sera pas retenue, elle ne cessera pour autant de revenir. Parce que c’est encore la seule solution digne à un problème qui ne s’accommodera pas longtemps des colmatages, rapiècements et quotas que consentent les Etats européens les plus généreux. Parce qu’elle sort le débat humanitaire de son ronronnement. Parce qu’elle répond à l’un des problèmes les plus lancinants qui vont se poser à l’humanité dans les prochaines décennies. Il n’est nul besoin d’attendre les propositions des instituts de recherche et de programmation, il est nécessaire de rechercher des promoteurs humanitaires de l’envergure d’un Obama, bientôt au chômage, d’un De Soussa, qui s’exténuerait en mondanités onusiennes, ou même d’une Merkel qui mérite d’être promue et d’accéder à une carrière mondiale. Ce serait tellement plus intéressant que de continuer à détenir les rennes de leurs pays respectifs.
Dans tous les cas, la Méditerranée doit renouer un sens de l’utopie pour se donner un à venir qui ne soit ni d’arraisonnement technologique ni d’irraisonnement théologique.

