The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
LE CHANT DU LIVRE : LE MOINE NOIR

« Le Moine noir » est une nouvelle de Tchekhov (1894) dont l’interprétation la plus théâtrale serait celle qu’en a proposée Kirill Serebrennikov dans l’enceinte de la Cour d’honneur du Palais des papes au festival d’Avignon en juillet 2022. Le texte ne serait pas du meilleur Gogol, ce n’est pas encore du meilleur Tchekhov : « L’agrégé Anndréy Vassilévitch Kovrine s’était surmené, fatigué. Il ne suivait aucun traitement… » On sent venir des perturbations et des troubles russes. Dans ce cas, ils portent sur les liens entre génie et folie, un thème récurrent dans la littérature universelle, traité par tous ceux qui, balançant entre génie et folie, voient dans leur démence une marque de génie ou se prennent pour de tels génies qu’ils balancent, souvent à leur insu, dans la démence. Tchekhov met dans la bouche de son moine noir : « Mon ami, seuls sont bien portants, normaux, les hommes ordinaires, la masse grégaire. Les notions de surmenage, de dégénérescence, d’« âge du nerf », etc., ne peuvent sérieusement troubler que ceux qui mettent le but de la vie dans le présent, c’est-à-dire la masse. » Celle-ci serait, pour le meilleur et pour le pire, dans la médiocrité. Elle ne se pose pas des questions sur le sens, la vocation, la carrière. Elle connaît la jouissance animale par inconscience animale contrairement aux élus pour qui « la vraie jouissance réside dans le savoir ». Elle ne se pose pas davantage la question de la vanité qui serait plus lancinante que celle de la vocation : « Il pensa combien la vie coûte à l’homme en comparaison des biens minimes ou médiocres qu’elle peut lui donner. Pour obtenir, par exemple, une chaire vers quarante ans ; pour être un professeur ordinaire et formuler d’une voix dolente, ennuyeuse et lourde, des idées ordinaires – et encore empruntées à autrui, – bref, pour atteindre une situation de savant médiocre, lui, Kovrine, avait dû étudier quinze années, travaillant jour et nuit… »
Kovrine est ce qu’on nommerait aujourd’hui un intellectuel. On ne sait pas quel est son domaine de recherche sinon qu’il s’intéresse à la psychologie et à l’incontournable philosophie. On ne sait pas grand-chose sur ses positions sinon qu’il exalte la liberté comme folie et s’insurge contre « les indifférents ». Plus tard, il se retient de faire à son tuteur et futur beau-père cette remarque que nul intellectuel de nos plateaux de télé, plus déments les uns que les autres, ne se risquerait à prononcer – à l’exception notoire de Louis Althusser : « Félicitez-moi, je crois que je suis devenu fou... » Il ne s’en trouverait pas davantage pour purger les bibliothèques de leurs livres avant de disparaître ni de les brûler à l’instar de Kovrine qui déchire « en menus morceaux sa thèse, et tous les articles écrits durant sa maladie. Jetés par la fenêtre, les morceaux s’envolaient en s’accrochant aux arbres et aux fleurs. Il voyait en chaque ligne d’étranges prétentions que rien ne justifiait, une agressivité étourdie, de l’impudence, de la mégalomanie, et cela lui faisait la même impression que s’il avait lu une description de ses défauts. »
Kovrine décide d’aller se reposer dans le domaine où il a grandi, auprès de son tuteur Iégor Sémionytch Pessotski qui consacre ses journées à des recherches d’horticulture. On a les noms des arbres et des fleurs, on connaît aussi le rythme des saisons et les travaux qui leur sont liés. Les dangers aussi puisque c’est tout le personnel qui est mobilisé pour protéger les cultures contre la gelée de printemps, cueillir les fruits, chasser les hannetons et les chenilles. C’est son jardin et il le cultive avec passion, soucieux d’assurer sa conservation après sa mort. Il documente ses recherches dans des articles qui le remplissent d’aise même s’il se dérobe aux compliments de sa fille dans « les phrases que prononcent d’habitude les auteurs confus ». Un hobereau russe, un Bouvard-Pécuchet moins dispersé, plus monomaniaque, dont Kovrine dira plus tard dans un accès de dépit contre sa fille devenue sa compagne : « Il n’est pas bon, mais bonasse. Les oncles de vaudeville, dans le genre de ton père, aux figures débonnaires et pleines, extraordinairement hospitaliers et originaux, me faisaient rire et me touchaient dans les contes, les vaudevilles et dans la vie ; mais maintenant ils me dégoûtent. Ils sont égoïstes jusqu’à la moelle des os. Ce qui me dégoûte le plus en eux, c’est leur satiété et leur optimisme gastrique, celui du bœuf ou du sanglier. » Il redoute tant que son jardin passe à des mains étrangères et inconnues, qui le négligeraient, qu’il souhaite voir sa fille Tania épouser Kovrine, le seul homme lui inspirant confiance et respect. Il ne se pose pas de question sur l’emménagement du jeune couple ni sur la carrière universitaire de son gendre.
Sitôt sur les lieux de sa jeunesse, Kovrine se sent léger. Il boit à satiété, écoute de la musique, danse la mazurka. Il est conquis par l’épanouissement de la nature et sa méditation prend des accents tolstoïens : « Il semble que tout l’univers me contemple, se taise et attende que je comprenne… » Il s’intéresse incidemment à Tania qui, cinq ans plus tard, ne serait plus l’enfant qu’il a connue. Il est si enchanté qu’il a « l’impression qu’il fallait s’asseoir et écrire une ballade ». Un soir, après avoir écouté des notes divines, il s’éloigne de la bâtisse et fait une rencontre avec le moine noir d’une légende obscur qui le poursuit : « Il y a mille ans, un moine, vêtu de noir, cheminait dans le désert, en Syrie ou en Arabie. À quelques mètres de l’endroit où il passait, des pêcheurs virent un autre moine qui marchait lentement sur l’eau d’un lac. Le second moine était un mirage. Perdez de vue maintenant toutes les lois de l’optique que la légende, semble-t-il, ignore, et écoutez ce qui suit. De ce mirage en naquit un second, du second un troisième, en sorte que l’image du moine noir se transmit à l’infini d’une couche de l’atmosphère dans l’autre. On la voyait tantôt en Afrique, tantôt en Espagne, tantôt aux Indes, tantôt dans l’extrême Nord... Elle sortit enfin des limites de l’atmosphère terrestre, et, maintenant elle erre dans l’univers entier, sans pouvoir se trouver jamais dans des conditions où elle pourrait disparaître. Peut-être est-elle maintenant dans la planète Mars ou dans quelque étoile de la Croix du Sud. »
Si le Christ a réussi à se réincarner dans les coins les plus reculés de la planète et qu’il s’est substitué à Dieu dans les cœurs et dans l’au-delà, il n’est aucune raison pour que son double tchekhovien ne connaisse le même succès. Pourtant, Kirill Serebrennikov choisit d’ignorer dans sa mise en scène ce soupçon de parodie christique. Peut-être parce que la parodie chrétienne heurterait davantage que l’érotique homosexuelle de son ballet ; peut-être parce qu’il ne trouvait aucun intérêt à creuser cette ligne d’interprétation. Serebrennikov n’exploite pas davantage l’invite écologique à considérer le jardin comme un paradis qu’on risque en permanence de perdre. Dans le dépit suscité par les maladresses de ses serviteurs, son propriétaire et gardien s’écrie : « Ces diables ! Ils gâchent, profanent, font des abominations ! Le jardin est perdu ! Le jardin disparaît ! » Malgré ses années passées à diriger le Théâtre Gogol à Moscou, Serebrennikov ne se montre pas même sensible à la veine gogolienne du récit. C’est un metteur en scène chorégraphe vidéographe dissident, il n’entend pas se laisser détourner du lien entre génie et folie qui court ce texte qu’il déconstruit sans rien en perdre pour le reconstituer théâtralement sur quatre séquences. La première du point de vue du père, la seconde du point de vue de Tania sur son vieil âge, que Serebrennikov assimile à Varvara, la femme qui remplace Tania dans le texte pour accompagner Kovrine dans son agonie, le troisième du point de vue d’un Kovrine halluciné crachant du sang et le quatrième du point de vue du moine noir qui se serait tant propagé qu’il habiterait Serebrennikov comme interprète scénique du plus grand dramaturge russe. Il aurait pu choisir comme les autres « La Mouette » ou « La Cerisaie » – c’eût été une adaptation parmi tant d’autres ; il choisit un texte qui traite de « la reproduction », au sens derridien du terme…
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Pendant son séjour à la campagne, Kovrine n’arrête pas de rencontrer son moine noir. Il ne se leurre pas ; ce serait une hallucination. Il tente de le chasser : « Mais tu n’es qu’un mirage, lui dit Kovrine. Que fais-tu ici et pourquoi restes-tu assis ? Cela ne convient pas à ta légende. – Qu’importe ! répondit le moine au bout d’un instant, d’une voix calme, tournant le visage vers lui. La légende, le mirage et moi, tout cela est le produit de ton imagination excitée. Je suis un fantôme. » Kovrine serait plus dessillé que le commun de nos intellectuels. Il se sait poursuivi et sait qu’il poursuit un mirage. Il ne s’en accommode pas moins de son sort, ce serait la rançon de la passion intellectuelle ( ?) : « Il faut sans doute, qu’en toute carrière, les gens qui se vouent à une idée soient nerveux et se distinguent par une sensibilité suraiguë. Il ne peut sans doute pas en être autrement. » Il sait que le surmenage et les troubles sont le lot de tous ceux qui poursuivent une carrière : « L’élévation d’esprit, l’excitation, l’euphorie, tout ce qui distingue des gens ordinaires, les prophètes, les poètes, les martyrs de l’idée, est contraire au côté animal de l’homme, c’est-à-dire à sa santé physique. Je le répète : si tu veux rester bien portant et normal, suis le troupeau. » Kovrine se résout à rencontrer régulièrement son démon et s’enthousiasme de ses entretiens : « car il était déjà fermement convaincu que de semblables apparitions n’échoient qu’aux gens hors ligne, aux élus, voués au service de l’idée. » Pourtant il n’est pas attiré par la gloire en laquelle il voit « un hochet de l’intérêt ». La célébrité ne l’intéresse pas plus : « Qu’y a-t-il de séduisant ou de positif, en effet, à ce que quelqu’un grave ton nom sur un monument funéraire pour que le temps vienne manger cette inscription avec sa dorure ? Il y a, par bonheur, trop de gens au monde pour que la faible mémoire humaine en puisse retenir les noms. »
Sans gloire, sans passion amoureuse, puisqu’il n’épouse Tania que dans un excès d’enthousiasme, ni pour des raisons de cœur ni pour des raisons d’argent, il ne pouvait que déprimer sitôt abandonné par son moine noir qui – illusion et mirage – lui tenait lieu de raison de vivre. Sa compagne et son père l’obligent à suivre un traitement. Il s’en rétablit tant qu’il trouve à la médiocrité de sa vie un non-sens encore plus tragique qu’à sa vie hallucinée. Il ne sait s’il doit se résoudre à sa médiocrité ou renouer avec son moine noir : « subir une pénible maladie psychique, passer par un mariage malheureux… Kovrine avait maintenant la claire conscience de n’être qu’une médiocrité, et, cela, il s’en accommodait volontiers, car, à son sens, chacun doit être satisfait de ce qu’il est. » Pourtant il n’est pas long à déchanter. Plutôt la folie des illusions que la médiocrité des normalités que guettent l’ennui et l’angoisse : « Pourquoi, pourquoi m’avez-vous guéri ? Les remèdes au bromure, l’oisiveté, les bains chauds, la surveillance, la crainte puérile pour chaque bouchée de trop, pour chaque pas, tout cela, à la fin, m’amènera à l’idiotie. Je devenais fou et faisais de la mégalomanie ; mais j’étais gai, fort, et même heureux ; j’étais intéressant et original. Je suis, à présent, plus sérieux, plus raisonnable, mais je ressemble à tout le monde. Je suis une médiocrité. Je m’ennuie de vivre... Oh ! que vous en avez agi cruellement avec moi !... J’avais des hallucinations : à qui cela nuisait-il ? » Il dit haut ce qu’on penserait tout bas : les grands hommes ne seraient qu’autant de déments reconnus : « Combien furent heureux Bouddha, Mahomet ou Shakespeare, dit Kovrine, de ce que leurs bons parents n’aient soigné ni leur extase ni leur inspiration !... Si Mahomet eût pris du bromure, s’il n’eût travaillé que deux heures par jour et bu du lait, on ne se souviendrait pas plus de lui que de son chien. Les médecins et les bons parents abêtiront l’humanité. La médiocrité sera tenue pour le génie, et la civilisation sombrera. » C’est tour à tour Kovrine et son moine noir qui parlent et il est d’autant moins important de les distinguer que la nouvelle se présente comme une variation sur le thème du double.
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Ce texte, parmi les plus méconnus de Tchekhov, doit son rebondissement à son traitement théâtral par Serebrennikov. C’est si magistral et exalté qu’on admet aisément qu’il ait longuement ruminé le texte en metteur en scène. Il est en quête de génie, il n’entend pas plus lui sacrifier sa liberté que sa folie. Il ne sera pas Kovrine, il ne sera pas metteur-en-scène, il ne sera pas chorégraphe… il sera le Moine noir. Les décors, plutôt dépouillés, doivent résister au mistral qui souffle dans la Cour d’honneur du Palais des papes. Des serres où l’on entre et sort, chante et danse. Les vidéos s’insèrent à merveille sur fond de la façade du palais, les machinistes se recrutent parmi les acteurs et leur machinerie s’inscrit dans la mise en scène. A la fin de la pièce, pour la quatrième séquence, ravagées par le vent, la gelée et la folie, les serres sont reléguées dans le noir pour libérer place à une chorégraphie kaléidoscopique restituant la multiplication du moine noire, entre ballet orthodoxe, plus grec que russe me semble-t-il, et ballet soufi pour derviches vêtus de jupes noires qui vrillent autour de bustes nus. Le noir s’est étendu progressivement à tous les personnages et ce sont les spectateurs qui, s’imprégnant d’encre noir dont s’enduit le dernier des trois Kovrine, incarné par trois acteurs qui se superposent plutôt qu’ils ne s’excluent, sortent en moines noirs chargés de disséminer cette glauque ambiance qui serait celle de l’excitation russe, malgré des acteurs allemands et anglais. D’une séquence à l’autre, c’est plus ou moins le même texte, tel que nous l’a laissé Tchekhov, avec des omissions et des rappels, et j’ai l’impression que sur l’ensemble Serebrennikov n’a omis aucun passage. C’est une réalisation complète pour ne pas dire totale. Musique – du jazz au grégorien en passant par le rapp et me semble-t-il du soul yiddish –, danse – du ballet soufi au ballet moderne en passant par de vulgaires acrobaties. Serebrennikov réussit la prouesse de convertir un texte, sans l’égratigner, en partition, dont il propose quatre exécutions, même si l’on peine à démêler les styles de jeu et les langues et que l’on trouve la dernière un rien redondante et excessive. Les exécutions sont théâtrales, musicales, chorégraphiques – sans basculer pour autant dans l’opéra que des réalisateurs comme Serebrennikov seraient en train de liquider pour le bonheur de tous ceux qui se hérissent de la persistance de ces criailleries chantées.
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C’est bien sûr la ballade d’un jeune intellectuel qui ne tient que tant qu’il croit en son génie. Sitôt que celui-ci est assimilé à un leurre, parce que recouvrant ce qui passerait pour de la folie aux yeux du commun des mortels, il se brise. Il n’est pas normal pour un intellectuel d’être normal, il doit être possédé, sinon il perdrait sa sève avec son sang. On peut et veut voir en le moine noir le démon – socratique ? para socratique ? – qui s’empare des natures intellectuelles (et poétiques-artistiques) soucieuses de répercuter leur voix et de reproduire leur image. Sur les colonnes, les ondes, les écrans. Sous toutes les latitudes ; dans toutes les sphères ; sous tous les éons. Sinon les intellectuels ne caracoleraient pas de la sorte, avec autant d’exubérance et d’acrimonie. On en est à se demander quelle représentation l’on donnerait dans un siècle sur un BHL chevauchant sa caméra ou un Onfray perché en perroquet sur les ondes dont il dénonce l’hostilité à son égard. C’est toute la bande des intellectuels qu’on devrait prendre pour voir le spectacle de Serebrennikov. Face à cette cohue plus ou moins maîtrisée des arts, ils réaliseraient l’unidimensionnalité de leurs considérations intellectuelles et se demanderaient quel mince texte de leur lourde bibliothèque mériterait un jour l’intérêt des artistes de l’avenir. Ils blêmiraient d’humilité et se résoudraient à troquer la tunique noire de leur démon contre la tunique blanche du… Christ. Le moine noir serait le double de l’intellectuel, mériterait d’être considéré comme tel. Dans ce cas, les intellectuels occidentaux seraient autant de manières d’antéchrists se noircissant de leur encre, à défaut de produire un Petit Prince, et s’insinuant dans le non-retour du Christ : « Où, en quel pays, sur quelle planète volait maintenant cette absurdité optique ? »
Serebrennikov serait un moine noir invétéré pour concevoir sa mise en scène en quatre séquences répétant le même texte. Il mêle les langues pour parler les soixante-dix langues de rigueur, de même que les arts scéniques qu’il fait converger dans un ballet insensé dont on ne sait s’il est sacerdotal ou sorcier. Il imprime un crescendo dans le jeu de ses Kovrine, l’un plus emporté que l’autre, qui s’exténuerait non tant dans sa mort que dans celle de Tania soutenue par Tania-Varvara. Les moines noirs envahissent la scène pour réaliser chorégraphiquement la légende sinon la « nouvelle » sur fond de l’on ne sait quelle carte astronomique-astrologique censée rendre la colonne noire qui s’emparerait des spectateurs, convertis en autant de moines noirs qui se précipiteront sur le texte pour mieux comprendre ce qui s’est passé sur scène. C’est dire que lorsque le théâtre s’empare d’un texte, il risque de le reléguer au second plan. Le théâtre resuscite le texte, le cinéma aussi, et quand ils mobilisent les autres arts, nous sommes dans l’interprétation la plus…folle-géniale. La littérature conserverait néanmoins ses droits. Car on doit lire le texte avant de se rendre au spectacle comme on lit un livret d’opéra. Sinon on ne comprendrait pas grand-chose. Malgré le tournis litanique qu’engendre la répétition du texte, à cause de lui. L’artiste, on doit en convenir, reconstruit ce que l’intellectuel déconstruit – quand il lui arrive de sortir de son ronronnement narcissique – et c’est le texte raturé de Tchekhov qui est ravalé par la représentation de Serebrennikov dans sa tentative même de contribuer à la propagation du christ noir qu’il incarnerait…

