LE JOURNAL DE LA PERPLEXITÉ : LA CLÉ DES RÊVES

8 Jun 2021 LE JOURNAL DE LA PERPLEXITÉ : LA CLÉ DES RÊVES
Posted by Author Ami Bouganim

De tous les thèmes auxquels je m’intéresse, le plus passionnant et le plus prometteur est le rêve. Le plus constant aussi. Pourtant, je n'ai rien découvert, je ne peux rien en dire. Je ne sais rien sur lui. Je ne comprends ni les changements des rôles entre les personnages ni les dénouements ou les non-dénouements. Chaque rêve, plus ou moins conscient, requiert mon intérêt et chacun ajoute à ma perplexité. Je n'arrête pas d'émettre des hypothèses, les rêves ne cessent de les réfuter. Je m'accroche à toute allusion. Ce n'est ni la satisfaction déguisée d'un désir refoulé ni l'exutoire d'une colère rentrée ni la réparation d'un manquement. Le rêve se dérobe à toute interprétation. Je n'ai rien compris, ni à la condensation des sensations ni à la concaténation des scènes. Pourtant le rêve déploie une scénographie qui pour étrange qu'elle paraisse ne s'en assure pas moins l'adhésion du rêveur.

Souvent, j'ai été frappé par le pouvoir de prémonition du rêve, du moins dans les cas où il est suivi par un incident, somme toute imprévu, insinué dans le rêve, au point de croire que ceux engagés dans l'incident, me consacrant leurs pensées, couvaient mon rêve. C'est peut-être irrecevable, la coïncidence n'en est pas moins étonnante. Souvent encore, les circonstances du réveil qui mettent un terme au rêve seraient comme anticipées dans le rêve. J'en ai été amené à conclure que la temporalité du rêve est différente de celle du réveil sans récuser pour autant toute corrélation entre elles. Je mourrais sans résoudre l'énigme du rêve, pourtant plus accessible que le miracle de la présence. Seul Baudelaire, là aussi, m'avait séduit en parlant du « rêve miroitant ». Cela ne veut pas dire que j’ai compris ce qu’il insinue. Ce qui me semble probable c’est que ce n’est pas tant l’état de veille qui nourrit le rêve que le rêve qui instruit l’état de veille. Je ne dispose d’aucune preuve, je n’ai pas réalisé de recherches, je n’ai pas lu d’études. Cette constatation s’est progressivement imposée à moi et ces dernières années, j’ai pris mes augures à mes rêves et rien n’augmentait ma perplexité sur les recherches menées sur le cerveau et sur l’intelligence artificielle que leur incurie en matière de rêves. Sitôt qu’on me parle des performances du robot, je demande si le robot dont l’on parle rêve ou non. On s’empresse de ranger mes considérations parmi les rêves et me renvoie à mes accablantes perplexités.

Photo : Gauguin, Le Rêve (1897)