The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
LE JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LE POEME DECIME

Je ne comprends plus rien, ne cherche plus à comprendre. Je ne suis plus concerné. Ni par le bien ni par le mal. J’ai passé l’âge, toute cette histoire est derrière moi. Ils s’entretuent pour une butte sur laquelle prier un Dieu qui ne rend que l’écho de ma perplexité. Je n’en reviens pas d’avoir passé ma vie à me passionner pour cette histoire. Je ne m’en souviens d’ailleurs plus. Ni du début ni de la fin. Je n’ai d’autre choix que de me rabattre sur le régime de la cigale, de chanter tant que j’ai ma voix, danser tant que j’ai mes jambes, et si le désir m’en prend butiner avec l’abeille qui se repait de pollen pour produire son miel. Même si je n’ai ni la sournoiserie de la cigale ni le dard suicidaire de l’abeille, encore moins le panache incorrigible d’un intellectuel ou la volubilité maladive d’un radoteur.
Dans ma perplexité, de plus en plus rouillée, je ne peux m'empêcher de déceler dans les incitations des maîtres du taoïsme comme une apologie de… la sénilité. On doit désapprendre pour mieux apprendre. Cesser de louer et de dénigrer ; juger et se prononcer ; approuver et rejeter ; s'en remettre à ses sens. Cet oubli de l'être n'est pas un mal. On envie volontiers l'inconscience de l’innocence et de l’irresponsabilité ; on aimerait les retrouver. On ne se torturerait plus l'esprit. On ne s’encombrerait ni de l'activité ni de l'oisiveté : ni de la santé ni de la guérison. On resterait détaché, s’inscrirait dans le Tao :
« Tchouang-tseu dit : « Il est facile de connaître le Tao ; il est difficile de n'en pas parler. Celui qui le connaît et n'en parle pas va vers le ciel ; celui qui le connaît et en parle va vers l'homme. Les Anciens allaient vers le ciel et non vers l'homme » (Tchouang-tseu, « L'œuvre complète », XXXII, p. 343).
La vieillesse est un poème dévasté où le coût du jour se fait de plus en plus lourd.

