LE JOURNAL DE LA PERPLEXITE : UN NID DE COULEURS

15 Jul 2021 LE JOURNAL DE LA PERPLEXITE : UN NID DE COULEURS
Posted by Author Ami Bouganim

Chefchaouen sonne comme un cri de ralliement sous la bannière du ciel et de la chaux. C’est le nom magique de la remise céleste qui s’est lovée dans une vallée du Rif. Un haut-lieu de l’envoûtement marocain, un bastion contre les nuisances de la civilisation. Ses nombreux sites religieux lui valent le nom d’El-Medina Es-Saliha ou Ville de la Prière. Le dimanche, elle accueille des escouades de jeunes venus des environs clamer leur fierté d’être montagnards. Ils courent les zouias et les mosquées, se rendent aux cascades et escaladent le mont d’où ils embrassent les lieux d’un regard enchanté. Les « cornes des deux monts » – en amazigh Chefchaouen – surveillent un village de 50,000 ha qui résiste vaillamment à sa conversion citadine. Sa médina, chaulée de blanc et de bleu, enlace une solide casbah que cernent des riads, des restaurants et des boutiques de souvenirs. Ce n’est pas un lieu pour une bohême mais pour une sérénité, la station balnéaire que dans leur orgueil les Rifains, volontiers libres et dissidents, se sont donnée dans les monts déchiquetés qui protègent leur royaume contre l’invasion des intrus sinon des touristes. Les autorités sauront peut-être préserver sa magie en réclamant de tout artiste étranger qui se proposerait de s’installer entre ses murs un permis des plus grandes sommités littéraires et musicales. Une autorisation des autorités religieuses également pour conserver les murs, les venelles, les portes et les intérieurs. Ce qui est sûr c’est que les Rifains ont le don de pigmenter la chaux et qui ne sort de Chefchaouen, l’âme chaulée de blanc et de bleu, n’a pas reçu les litanies qui bercent les lieux. Dehors, les Rifaines guêtrées, portant de larges jupes aux couleurs de la saison, coiffées de chapeaux de paille ornés de pompons, proposent leurs gâteaux de fromage et leurs paniers de fraises.