LE JOURNAL DE LA PERPLEXITE : UN SOUPÇON DE BOSSE

5 Jan 2022 LE JOURNAL DE LA PERPLEXITE : UN SOUPÇON DE BOSSE
Posted by Author Ami Bouganim

Il avait une bosse et il ne le savait pas. Pourtant, il la traînait constamment avec lui et partout elle entravait ses gestes et ses propos. Il ne participait pas à un dîner sans confondre les couverts et tacher sa chemise. Il ne se mêlait pas d'une conversation sans lancer une bourde qui l'en excluait. Il ne se risquait pas à prendre position dans un débat sans s’aliéner l’assistance. Il ne se regardait pas dans un miroir sans manquer le briser. Quand il découvrit enfin la bosse, il passa des années à tenter de s’en débarrasser. Or ses tentatives ne contribuèrent qu'à accroître sa maladresse. Il se servait dans les plats de ses voisins et tachait leur chemise. Il monopolisait la parole, excluant les autres de la conversation. Il n'arrêtait pas de se ridiculiser. En définitive, il se résigna à sa bosse. Ses épaules s'affaissèrent, ses regards se calfeutrèrent, ses sourires grimacèrent. Désormais, il était plié en deux, croulant sous une bosse que nul à part lui ne sentait plus.

Chateaubriand a cette remarque dans ses mémoires : « Qui peut s’assurer de n’être pas bossu ? qui vous dira jamais que vous l’êtes ? Si vous regardez au miroir, vous n’en verrez rien ; se voit-on jamais tel qu’on est ? »