LE JOURNAL DE LA PERPLEXITE : UN TAUDIS AMBULANT

3 Oct 2021 LE JOURNAL DE LA PERPLEXITE : UN TAUDIS AMBULANT
Posted by Author Ami Bouganim

Les clochards ne meurent pas – du moins personne ne le saurait – ils se renouvellent. Ils ont la même dégaine, les mains crasseuses, les yeux vitreux, la même voix enrouée par l'alcool, la solitude et le silence. Certains ont des yeux accablés de chiens qu'on maltraite ; d’autres des yeux d’hommes mutinés contre tout et rien. Leur trogne coloriée par les ecchymoses de la vie les distingue des chômeurs. Dans le métro, ils prennent une rame au hasard et s’étendent entre deux sièges, sans gêne, le visage à découvert, le temps d’être aiguillés par un contrôleur vers une autre rame. Sinon ils dorment là où ils s’écroulent puisqu’ils ont leur taudis sur eux, en travers du trottoir pour entraver la promenade dominicale des chiens, et ils partent, sans vraiment partir, pour un sommeil où couvent de merveilleux rêves de mort. En chacun d’eux, c’est Paris – sa bohème, sa romance, son rêve – qui aurait mal tourné en dégageant des relents de désenchantement.