The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
LE RECUEIL DE PARIS : SAINT-GERMAIN-DU-VENT

Dans la deuxième moitié du XXe siècle, c’était tout un manège, ce l’est resté. La psychanalyse avait conquis Paris. C’était un peu comme si la KKnie de Robert Musil avait migré, elle aussi, vers Paris. Les lundis de celui-ci, les mardis de celui-là, les mercredis d’une troisième, les jeudis d’un charlatan, les vendredis de Robinson, les samedis du Seigneur et les messes maquillées en colloques du dimanche. Ils n’étaient ni plus impressionnants ni plus pertinents que les exorcistes d’Essaouira, ils étaient sûrement plus précieux. Plus indécents aussi pour se livrer inconsciemment et indirectement à leur auto-analyse en public. On ne s’écoutait pas vraiment, ne se comprenait pas. Je me souviens de l’un d’eux, flanqué en permanence de sa compagne porteuse d’un appareil photo et d’un dictaphone avec lequel il s’isolait sitôt descendu de scène. Il ne devait surtout pas perdre ce qui ne lui venait que sur des planches et devant un parterre d’admirateurs. Les éditeurs contribuaient grandement à la propagation de livres destinés à rembourrer les divans.
Les thérapeutes juifs, plus nombreux que leur pourcentage dans la population générale, ont été parmi ses principaux agents de dissémination. C’eût été chez moi de l’antisémitisme si la psychanalyse n’avait été anti mosaïque, voire anti monothéiste. Maltraités par Dieu, partiellement ou totalement orphelins, traumatisés par la Shoah, ils auraient reconnu en Freud l’anti-prophète de leurs rêves et de leurs cauchemars. Un de ses disciples, grand maître de rhétorique analytique, clamait : « Je suis juif parce que né de la Shoah comme mère et de Freud comme père. » J’ai rarement entendu définition plus pertinente et éloquente de la condition juive. Dans la diaspora viennoise, un Wittgenstein et un Popper se récriaient à la lecture de thèses par trop graveleuses qui tonsuraient l’âme sinon le sexe ; à Paris, que l’on vînt de Tunis, Alger ou Marrakech, on les incluait dans le rituel des traitements que l’on proposait à des patients qui se racolaient à la pelle. On se détournait de l’excroissance chrétienne du judaïsme pour se rabattre sur ce nouveau messianisme. Les rabbins défroqués et désordonnés de Tunis, Alger et Marrakech couchaient leurs ouailles sur des divans confessionnaux et expliquaient, pour reprendre Léon-Paul Fargue qui n’a pas connu ce glorieux engouement pour des pulsions entravées, détournées et sublimées, « la sexualité par la biologie, la biologie par la sauce mayonnaise... »
Le cirque psychanalytique n’aurait autant séduit Paris que parce qu’elle se prêtait à ce genre d’engouements, de prestations et d’élucubrations. Dans la première moitié du XXe siècle, elle passait pour la plaque tournante de remèdes pour âmes alanguies qui remplissaient les poches des thérapeutes-astrologues. Leur succès tenait souvent de leur faconde, de leur charisme et de… leur cabotinage. On ne se souvient plus de Charles Joseph Fossez, mieux connu comme le Fakir Birman qui charma Paris avant la Deuxième Guerre mondiale. Né en 1901 à Saint-Étienne, il se pose en astrologue, voyant et devin. En 1932, il publie des petites annonces dans « L'Intransigeant » sous le slogan : « Dans l’ennui, venez à lui : Fakir Birman. » Il était alors à la rue de Berne et recevait entre 14 :00 et 19 :00. Il décide de se donner une longue barbe de mage et de porter un turban blanc. Son bureau de consultation est soigneusement aménagé pour d'impressionner les patients. Il passe volontiers à la radio, publie des encarts dans les journaux, se livre à des prestations en salle, participe à des expositions dont l’Exposition internationale de Paris en 1937, aux côtés de Picasso, Dufy, Miró. Il ne se leurrait pas sur ses pouvoirs, il pratiquait un humour et un cynisme intarissables. On lui attribue cette phrase qui en dit long sur sa façon très personnelle de considérer son activité de super-voyant : « Tous les matins en me levant, j’ouvre mes fenêtres, je respire à pleins poumons et, pendant la journée, je revends à petites doses ce que j’ai respiré : du vent. »
Pendant sept ans, jusqu’au déclenchement de la guerre, il n’allait cesser de recevoir des célébrités souhaitant connaître leur horoscope assorti de conseils matrimoniaux, boursiers, hippiques. Notre fakir comprend vite que le meilleur moyen de se faire une solide clientèle est de soigner sa publicité et qu’il n’en est de meilleure que celle d’un procès couvert par la presse. En juin 1938, il est au cœur du « procès des fakirs ». Ceux-ci proposaient toutes sortes de services plus glauques les uns que les autres, lui-même proposait l'établissement d'horoscopes gratuits pour lesquels il ne manquait pas de réclamer une rémunération dans la mesure où le client demandait un surplus de prédictions. Le substitut du procureur lui reproche d'avoir indiqué dans sa publicité qu’il était en mesure de donner les numéros gagnants de la loterie nationale. Le délit d'abus de confiance ayant été retenu contre lui, il est condamné avec ses collègues à une lourde amende. Le 9 avril 1941, il se retrouve de nouveau devant le Tribunal de Paris qui le condamne pour « commerce d'illusions ». Il avait pourtant déclaré avoir abandonné la profession de fakir pour se lancer dans la lingerie féminine. Interviewé en 1949, il évoque ses heures de gloire comme fakir, mentionnant un fichier de 500,000 noms et une correspondance quotidienne qui réclamait à elle seule une voiture postale et son dépouillement par 75 secrétaires. En définitive, le brave homme mit fin à ses jours le 12 décembre 1952. On dira à son mérite qu’il ne songea pas un moment invoquer la science pour couvrir ses pratiques occultes.

