The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
LE SYNDROME DE JÉRUSALEM

Jérusalem, an 5808 selon le calendrier hébraïque, an 2048 selon le calendrier chrétien, an 1470 selon le calendrier musulman.
Au début du XXIe siècle, le syndrome de Jérusalem recouvrait un mal qu'on peinait à diagnostiquer et à traiter. Chaque année, des centaines de pèlerins, chrétiens et juifs surtout, avaient toutes sortes de visions et d'illuminations. Elles culminaient souvent dans des mues de personnalité inattendues. Les uns se posaient en prophètes, les autres en messies. La plupart succombaient à l'on ne savait quel accablement sacré tandis que les plus enthousiastes cherchaient à s'illustrer par une action d'éclat qui risquait de déclencher une nouvelle éruption de ce volcan de l'humanité qu'était alors, pour le meilleur et pour le pire, une ville sainte pour les trois religions monothéistes.
Le discours psychiatrique classique ne réussissait pas à cerner le mal. Il ne savait quels troubles invoquer et l'on trouvait de tout dans ses notices. Psychose, mégalomanie, schizophrénie…, le syndrome de Jérusalem en était venu à désigner une riche gamme de manifestations sur les limites desquelles on ne s'entendait pas. Sans symptômes précis, sans diagnostic clair, on rangeait volontiers sous cette expression les cas d'immersion nerveuse et/ou extatique dans les décors de la ville. En ramenant les étranges comportements à des prédispositions ou des antécédents psychiques, les chercheurs s'interdisaient la compréhension du mal comme possession messianique ou christique.
On n'entrait pas dans l'aire – ou l'air – sacrée de Jérusalem, saturée de souvenirs bibliques, évangéliques et coraniques, sans se sentir à la fois illuminé par sa lumière, soulevé d'inspiration et abasourdi par une lancinante dissonance, décelable dans sa cacophonie liturgique. On ne se prenait pas pour le Christ – on l'était ; on ne se prenait pas pour le Messie – on l'était. Les décors étaient là, le scénario plus ou moins connu, les rôles précisés – on attendait le personnage principal. On ne se doutait pas alors que ce n'était pas tant un « ethnodrame » comme dans les phénomènes de possession primitive qu'un « bibliodrame ».
Depuis que les catégories démonologiques sont de nouveau plus pertinentes que les catégories psychanalysatriques modernes, on situe ces phénomènes à la croisée du spirituel-religieux et du psycho-pathologique. On distingue dans la nouvelle nosologie démonologique entre deux processus : un processus de régression, décelable dans les possessions primitives, et un processus d'élévation, décelable dans les possessions théologico-biographiques. Si dans les premières, on assiste à des réincarnations animales, dans les secondes, on assiste, sous l'inspiration de la Bible, à des réincarnations angéliques, messianiques et prophétiques. De-ci, une régression dans l'animalité ; de-là, une élévation dans la divinité.
En 2048, ces phénomènes sont heureusement plus rares. Jérusalem répond davantage aux attentes de ses habitants et de ses pèlerins. Elle n'est plus une scène de turbulences et de troubles psycho-théologico-politiques et l'écart entre le cité terrestre et la cité céleste est moins criant et par conséquent moins perturbateur.
Ce que les prétendus spécialistes du syndrome de Jérusalem du début du XXIe siècle n'avaient pas encore remarqué, c'était que les victimes devaient se transporter à une autre époque, antérieure ou postérieure, pour s'improviser personnage prophétique et prophétiser pour Jérusalem et pour le monde…
Photo : Michael Greiner

