The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
NOTE DE LECTURE, ALBERT LONDRES, CHEZ LES FOUS (1925)

Un voyage dans l’univers de la folie, avec ses détraqués et ses déglingués. D’un site à l’autre, d’une section à l’autre. D’une cour de récréation à un dortoir. Une descente aux abîmes de l’humanité, déliée et décontenancée, à ses troubles-fonds. On vivait un cauchemar dont on ne se réveillait pas. C’était avant Freud, que Londres ne connaissait pas, avant les barbituriques aussi. Avant que la folie ne se donne avec Foucault une raison. Du temps des camisoles, avec des scènes délirantes qui restituent, sur le ton impersonnel et narquois du reporter, un univers dantesque : « Ces femmes sont infernales. Toutes ont l’air d’obéir à un ressort qu’elles auraient avalé. Elles se plient, se redressent, gambadent. Elles portent leurs bras en ailes de moulin. Il y a beaucoup de cantatrices. Les ballerines ne manquent pas non plus, et les mégères relient les deux… » C’est la scénographie de la folie, « une infortune qui s’ignore », où les personnages se dédoublent et déclinent leurs doubles sous les allures les plus accablantes pour l’aliéné, les plus alléchantes pour le reporter. Les scènes de Londres frisent le vaudeville et on lui en voudrait pour son ton moqueur si on ne le savait plus humain que théâtral. Il était journaliste, le premier sinon le dernier.
Londres s’abstient d’abord de tout commentaire, mais il ne résiste pas longtemps et cède au réquisitoire contre la psychiatrie qui serait dans les langes, coupable de détentions abusives et de traitements qui seraient autant de sévices. Il dénonce son amateurisme thérapeutique : « Tout votre art n’est qu’un pile ou face. » L’absence de soins est compensée par une surveillance quasi carcérale. Il se scandalise des réticences à libérer les patients. Contrairement aux meurtriers et aux délinquants qui sont libérés après avoir purgé leurs peines, on n’était jamais sûr du rétablissement du patient et ce n’était pas sans craintes qu’on l’autorisait à quitter l’asile. Les internements restaient à la discrétion des médecins qui retenaient des malades dont la place était à l’extérieur : « Une science qui tâtonne s’arroge des prérogatives qui ne devraient appartenir qu’à la justice. » Londres se risque à déclarer : « Les asiles font des fous ». Dans ce sens, la folie serait plus irrémissible que le crime, traînant le préjugé selon lequel « les maladies mentales sont incurables ».
Mentionnant le sort que les Spartiates réservaient aux handicapés, Londres évoque la « loi du débarras » et s’interroge sur le sort des fous : « On leur ôte la vie sans leur donner la mort. On devrait les aider à sortir de leur malheur, on les punit d’y être tombés. Cela sans méchanceté, mais par commodité. »
Photo : Jérôme Bosch, La Nef des fous (1500)

