NOTE DE LECTURE : ANTON TCHEKHOV, LA MOUETTE (1895)

12 Oct 2022 NOTE DE LECTURE : ANTON TCHEKHOV, LA MOUETTE (1895)
Posted by Author Ami Bouganim

Le succès de cette pièce me laisse perplexe. On ne cesse de la mettre en scène et de la représenter. Dans toutes les langues, sur toutes les scènes. Ce n'est ni du Shakespeare ni du Maupassant que Tchékhov admirait. Les personnages sont taillés dans un matériau russe mis au goût universel. On trouve l'actrice vieillissante entichée d'un jeune auteur à succès. L'écrivain blasé qui se plaint d'être condamné aux travaux littéraires forcés et trouve le temps d’aller à la pêche. L'adolescent gâté qui se cherche entre ses velléités suicidaires. La jeune actrice dénuée de talent écartelée entre l'amour et la gloire. Cette pièce a pour elle la simplicité et le mérite de porter sur le théâtre et – signe particulièrement éloquent en cette période de prolifération littéraire – sur la littérature. Ce sont les considérations sur la corvée d'écrire que Tchekhov met dans la bouche de Trigorine qui séduiraient encore le plus. Il cite Maupassant : « Il est aussi dangereux pour les gens du monde de choyer et d'attirer les romanciers qu'il le serait pour un marchand de farine d'élever des rats dans sa boutique. » Le nom de la pièce vient de l'innocent oiseau auquel se compare Nina, la jeune actrice, séduite, abandonnée par l'homme de lettres et qui se prête tant à son empaillement.

Sinon rien de bien transcendant. L'auteur, ses personnages, ses lecteurs et ses spectateurs s'accorderaient sur cette phrase très tchékhovienne : « Quoi de plus ennuyeux que ce charmant ennui campagnard ! »

Ce serait l’une des pièces du répertoire occidental à se prêter le mieux à sa mise en scène pour tester le talent des acteurs à illustrer les charmes de l’ennui.