NOTE DE LECTURE : ARTHUR RIMBAUD, ILLUMINATIONS (1895)

10 Apr 2025 NOTE DE LECTURE : ARTHUR RIMBAUD, ILLUMINATIONS (1895)
Posted by Author Ami Bouganim

Le poète s'encanaille pour mieux porter la quête poétique du sens au dérèglement des sens. Tous les amours, toutes les épreuves, toutes les audaces, tous les rêves, toutes les croisades, toutes les passions, tous les venins, tous les talents, tous les cultes, tous les enchantements. Le poète ne peut être exaucé, il poursuit l'autre qui le hante et le possède. On ne se choisit pas poète, on est assigné poète et l'on ne s'acquitte pas de sa vocation sans passer par l'alchimie des sens, des passions et des mots.

C’était un génie poétique plutôt qu'un poète, d’autant plus captivant qu’il ne montrait ni verve ni solennité. Un colorieur des voyelles, un mécanicien des consonnes, un chahuteur des silences, un virtuose du verbe. Un trublion se prenant pour un illuminé, un humoriste aussi, raillant la poésie pour mieux s'en délester. Sinon il aurait couru le risque de s’attarder indûment à ce puéril babil de l’homme illuminé qui ne mérite notre indulgence qu’autant qu’il s’inscrit en illuminations dans le vacarme des mots. Pour une anthologie de poésie, j’aurais retenu ce texte :

 

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d’ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
— O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !