The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
NOTE DE LECTURE : EDMOND & JULES GONCOURT, JOURNAL (1989)

Des observations sur le monde théâtral parisien où les actrices sont des lorettes entretenues pour permettre à l'on ne sait quelles représentations de boulevard de se poursuivre. Sur le monde littéraire où les auteurs se doublent de vaudevillistes avec d'étranges remarques sur Flaubert et sur Balzac. Sur le monde artistique où l'on ne distingue plus entre la peinture et le gribouillage. Sur la sphère sexuelle où les femmes se doubleraient de prostituées et où les plus souveraines d'entre elles régneraient sans partage sur les mâles. On trouve une mine de passages qui seraient autant de variations sur « La Passante » de Baudelaire, au point d'avoir l'impression que les Goncourt divisaient les femmes en lorettes et en passantes : « Rien ne vit pour moi que cela qui passe et m'effleure l'âme, une robe de femme… » Le talent physionomiste des deux frères est si riche et précis, les détails si pertinents, qu'on se demande s'ils prenaient leurs notes sur le vif ou s'ils étaient doués d'une mémorisation littéraire hors du commun. Quoi qu’il en soit, ils coulent si bien leur sensibilité dans les mots qu'ils nous livrent des passages d'anthologie. Ils reconnaissent : « Je m'aperçois que la littérature, l'observation, au lieu d'émousser en nous la sensibilité, l'a étendue, raffinée, développée, mise à nu. Cette espèce de travail incessant qu'on fait sur soi, sur ses sensations, sur les mouvements de son cœur, cette autopsie perpétuelle et journalière de son être arrive à découvrir les fibres les plus délicates, à les faire jouer de la façon la plus fine. Mille ressources, mille secrets se découvrent en vous pour souffrir. On devient à force de s'étudier, au lieu de s'endurcir, une sorte d'écorché moral et sensitif, tressaillant à la moindre chose, sans défense, sans enveloppe, tout tressaillant et tout saignant. L'analyse a creusé le cœur. »
Les Goncourt se livrent à une satire générale des mœurs. Ils n'épargnent rien. La presse. La religion. Le mariage. Ils seraient, à les en croire, si intègres qu'ils répugnent à la politique. Plutôt lutter contre l'immoralisme humain que contre les régimes corrompus. Révulsés par le monde, quoique attirés par lui ; révulsés par l'humain, quoique passionnés par lui. Ils sont de cette génération qui incriminait encore Dieu des misères des hommes : « A mesure que je vais dans la vie, je suis pris d'une immense commisération pour l'homme et d'une immense haine pour Dieu. » Ils seraient à la fois du monde et hors de lui, participant à son cirque qu’ils accablent de leur mépris. Ils se montrent volontiers misogynes, antisémites et réactionnaires. Ils poussent leur sens de la noblesse à un certain désenchantement sinon au nihilisme et livrent un ridicule combat juridique pour interdire l'utilisation de la particule « de », pour l’obtention de laquelle ils ont dû batailler pour l’accoler à leur nom, par l'on ne sait quel autre Goncourt.
Le plus attachant dans ce journal reste cette fratrie entre deux êtres qui écrivent les mêmes textes, ont les mêmes commentaires, partagent les mêmes goûts et les mêmes désirs. C'est néanmoins si dénué de métaphysique qu'on comprend que l'on ne se souvienne plus d'eux que comme nom d'un prix littéraire qui sanctionne le livre le plus quelconque ou le plus réussi de la rentrée littéraire.

