The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
NOTE DE LECTURE : FRIEDRICH NIETZSCHE : LA GENEALOGIE DE LA MORALE (1887)

C'est une manière nietzschéenne du « Discours de la Méthode », moins rigoureux et convaincant que celui de Descartes, moins clair et précis, appliqué à l'étude de la morale et de son histoire : « J'étais encore un enfant de treize ans que déjà le problème de l'origine du mal me hantait : c'est à lui […] que je consacrai déjà mon premier enfantillage littéraire, mon premier exercice de rédaction philosophique » (§ 3). Nietzsche se propose comme arène de la lutte entre Rome et la Judée. D'un côté, une morale aristocratique distinguant entre le bon et le mauvais ; de l'autre, une morale d'esclaves distinguant entre le bien et le mal. Ce sont les Juifs qui ont inventé cette dernière et l'ont propagée dans le monde. Nietzsche ne s'émeut pas de la défiance du judaïsme à l'égard du christianisme, il considère plutôt celui-ci comme une ruse stratégique de celui-là pour réaliser ses desseins et triompher de la morale des mœurs de Rome et de sa religion païenne.
La généalogie nietzschéenne pèche par son anti-utilitarisme. On ne comprend pas pourquoi ce sont les maîtres – les puissants, les aristocrates, les bêtes – qui, les premiers, auraient énoncé leur morale pour se soumettre des esclaves. On ne comprend pas pourquoi le judaïsme et sa mutation chrétienne l'ont emporté dans leur lutte contre la morale aristocrate. On ne comprend pas pourquoi l'amour, même nourri par le ressentiment et la haine des puissants, ne serait pas plus moral que les sentiments vigoureux que nourrissent et préconisent ces derniers. Lui-même ne saurait pas s'il vaut mieux louer la bête blonde et blâmer le troupeau démocratique – qui ne manque pas du reste de dirigeant – ou le contraire. Malgré Kant, on ne peut écarter dans les délibérations morales toute considération utilitariste, surtout si l'on insiste sur les circonstances de la pratique morale, sur ses visées et modalités politiques.
Nietzsche souhaite être si « mauvais » qu'il prend le contre-pied de la morale commune sous prétexte de s'affranchir de ses préjugés. Il en reste à la vaticination contre des croyances qui le lient davantage qu'il ne le laisse penser. En situant le nihilisme du côté de l'idéal ascétique qui caractérise le judéo-christianisme ou de l'idéal de paresse des religions asiatiques, du démocratisme et du socialisme, il s'interdit le nihilisme auquel le conduisent pourtant ses critiques, ses imprécations… et jusqu'à son acquiescement à la vie – à moins de réviser également la notion commune de nihilisme. La moralisation, n'en déplaise à Nietzsche, a été l'œuvre des plus déterminés parmi les faibles – position moins arbitraire que celle qui en fait l'œuvre des plus brutes parmi les aristocrates – contre les abus des plus puissants. Le ressentiment chez Nietzsche serait encore plus pernicieux que chez Jésus qu’il présente comme le maître-artisan de la grande transvaluation judéo-chrétienne des valeurs.
Cela dit, tout Freud est dans les considérations de Nietzsche sur l'idéal ascétique de la troisième partie de « La Généalogie de la Morale ». En moins graveleux, en plus intelligent et en plus sensible. L'idéal ascétique ne détracte la vie que pour mieux y attacher l'humanité et l'empêcher de succomber au nihilisme. Il prend des ruses pour réaliser ses desseins. La transmutation nietzschéenne des valeurs se présente comme une déconstruction des valeurs judéo-chrétiennes et une réhabilitation des valeurs gréco-romaines. Celle-ci n’aurait connu à ce jour que sa version nazie nourrie davantage de mythes, de déchaînements et de vulgarité teutonnes que grecs ou latins.

