The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
NOTE DE LECTURE : A. GIDE, LA SYMPHONIE PASTORALE

Dans la plupart de ses autres livres, Gide procède à des collages littéraires, à partir de toutes sortes de textes – des journaux intimes, des lettres perdues et retrouvées, des poèmes. Il recourt volontiers à la conversation pour restituer une action que les personnages ne vivent pas vraiment, croisant les destins avec l’habileté et la facilité d’un souffleur dans un théâtre où les personnages, dénués de traits, se cherchant au seuil de la luxure, s'embrouilleraient dans leurs rôles. Le texte de Gide se « passe » sur un canevas tressé des sous-entendus d'une homosexualité qui ne se décide pas à se dévoiler et à dire son nom. Sa narration est nonchalante, ses dialogues traînent, les digressions sont souvent aléatoires. Quand il se lasse d’écrire, il envoie le lecteur dormir.
Ce serait un pasteur pratiquant son sacerdoce dans les lettres, du moins écrit-il comme un pasteur qui donnerait ses sacrements sans enthousiasme et en trompe-l’œil. Il n’aura cessé de protester contre l’écriture par et dans l’écriture et de raturer de mots, comme dans « Les Nourritures terrestres », le privilège qu’il octroie à la vie – à la sensualité – sur le travail – l’écriture. Il n’a pas toujours su couler l’une dans l’autre et galvaude tant l’amour, l’étendant à toutes les liaisons, qu’il l’écule. Un grand-bourgeois qui ne se décide pas à défrayer la chronique littéraire, retenu par les scandales que susciteraient des mœurs sexuelles qu’il vit comme des travers. Dans un univers somme toute clos, dégageant des relents d’encre, où les jeunes écrivent des poèmes et où les adultes balancent entre le martyre domestique et la licence mondaine. Une sagesse grandiloquente, abouchée aux grands moralistes, entre Sainte-Beuve et La Rochefoucauld, austèrement contenue par les convenances, ne trouvant d’exutoire, par-ci, par-là, que dans de légères pointes de cynisme.
« La Symphonie pastorale » est pourtant de ces livres qu'on ne se lasse pas de relire. Parce qu'il est court, beau et cristallin. On entame sa relecture comme on entonne un chant ou réécoute un morceau de musique. Plutôt l'enchantement amoureux d'une vie confinée et aveugle que le désabusement d'une vie lucide. Ce récit se lit encore comme une parodie religieuse de l'Évangile, voire de la métaphore de la Synagogue attachée par aveuglement au vieux Père alors qu'elle devrait aimer – qu’elle aime – le Fils. Mais ce serait occulter la méfiance de Gide à l’égard de toute passion religieuse ou politique et par conséquent à l’égard de l’antisémitisme et présumer chez lui de traces de cette incompréhension pour l’irrédentisme israélite qui courait le milieu littéraire de l’époque…

