The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
NOTE DE LECTURE : GUY DE MAUPASSANT, LE HORLA (1887)

C’est le journal d’une possession. De la bouche d’un possédé qui le serait par l’on ne sait quoi. Un invisible qui boit de l’eau, tourne les pages d’un livre, présente une rose, s'interpose entre le narrateur et son miroir. Peut-être un double, un succube provoquant des cauchemars, un « vampire spectral » venu du Brésil, un extraterrestre parasitant l’homme. Peut-être cela ne se passe-t-il que dans son esprit ; peut-être est-il sous un charme ou plongé dans un état hypnotique. Ca ne le prend que chez lui, dans un manoir sur le bord de la Seine sur laquelle passent des bateaux brésiliens chargés d’étrangers et de leurs démons. Sitôt qu’il le quitte il se sent mieux, presque normal, comme si la vie sociale était encore le meilleur remède contre la hantise, l’hallucination… la possession. Mais bientôt il ne peut le quitter, son Horla le retient. Il a pris possession de son intérieur, il ne peut plus déserter de (chez) soi. Il en est à se poser toutes sortes de questions sur la condition humaine, sur sa présence ou son absence cosmologiques : « Nous sommes si infirmes, si désarmés, si ignorants, si petits, nous autres, sur ce grain de boue qui tourne délayé dans une goutte d’eau. » Maupassant ne se laisse tenter par aucun renchérissement littéraire. Même ses remarques poétiques se limitent à de courtes incises. Dans son traitement littéraire, le mal syphilitique n’explique rien même s’il est derrière tout.
Le possédé ne peut se débarrasser de son Horla (de « hors-la-loi », du normand « horsain » pour « l’étranger », de la juxtaposition des mots « hors » et « là »). Il envisage bien de le tuer, il l’incarcère dans sa maison à laquelle il met le feu. Mais sa mort, si toutefois il est mortel, serait autrement programmée. Il n’est aucune raison pour qu’il meurt à la manière des hommes, il leur survivrait. En revanche, ce sont les voisins qui meurent dans l’incendie et le possédé arrive à la conclusion : « Sans aucun doute… il n’est pas mort… Alors… alors… il va falloir que je me tue, moi !... »
C’est simple, c’est court, c’est lapidaire. C’est un de ces textes qui survivent à toutes les disgrâces, se prête à toutes les interprétations. Sur la maladie mentale, sur les phénomènes parapsychologiques, sur les thèses paralittéraires. Une nouvelle, plus éloquente qu’un traité, plus magistrale qu’un pavé. Un texte essentiel en guise de testament. Sur les séquelles des maladies vénériennes, les incursions dans les univers parallèles, les communications extra-sensorielles. S’inspirant des thèses de Mesmer, on continuait de magnétiser assiettes, tasses, vêtements, lits, miroirs pour qu’ils irradient les fluides magnétiques requis pour communiquer les pensées ou guérir. De même qu’aux instruments de musique pour qu’ils émettent des vibrations curatives. Des chiens, des chats, des arbres. Mesmer défrayait la chronique médicale en magnétisant le Tout Paris. « Le Horla » n’est pas un texte qu’on prémédite, il vient de lui-même. La magnétisation des esprits le réclamait.
Photo : Gravure sur bois de Georges Lemoine d'après un dessin de William Julian-Damazy (1865-1910).

