NOTE DE LECTURE : MICHEL DEL CASTILLO, LA NUIT DU DECRET (1981)

17 Nov 2022 NOTE DE LECTURE : MICHEL DEL CASTILLO, LA NUIT DU DECRET (1981)
Posted by Author Ami Bouganim

Le portrait métaphysique du policier comme inquisiteur dans une Espagne qui serait comme l’anti-Russie de Dostoïevski. Les mêmes passions générant les mêmes débâcles, sans la grandiloquence larmoyante des Russes : « Je suis fatigué du sublime », dit l'un des personnages, « je n'aspire plus qu'à mourir le moins mal possible, avec un minimum de dignité. » Tout le désenchantement des révolutions avortées : « Dans l'ensemble, ces hommes mouraient dignement, criant une de ces phrases décisives qu'on croit devoir adresser à la postérité, qui ne les entendra jamais. » C'est tellement bien travaillé et vernis par l’amertume qu’on est subjugué, ne nous interrogeant pas moins sur les ressources de patience requises pour écrire certaines pages plus harassantes qu’intéressantes.

Dans « Mon Frère l'Idiot », Del Castillo tente d'élever sa vie au rang d'un drame de Dostoïevski. C’est sa manière de narrer un essai sur un auteur qui l’envoûte. Je comprends qu'il ait tiré de sa vie une série de livres, je comprends aussi qu'il ait tôt connu le succès. Pourquoi doit-il nous servir son chemin de croix, sa main dans celle de Dostoïevski et sa plume dans l'encre, délayée dans les massacres du XXe siècle, de Dostoïevski. Son texte est tellement friable qu'il ne résiste pas à la lecture. Ca manque de charmes et d'éclaircies. Par contre, l’inénarrable vanité littéraire guette au tournant des pages.

Une littérature qui n'innove pas est condamnée à se perdre dans le charabia de la sécrétion littéraire universelle. Cette phrase aussi aurait sa place dans le chahut médiatique autour des lettres où l’on ne distingue plus entre un bon et un mauvais livre et où la multiplication exponentielle des prix dessert le lecteur davantage qu’elle n’aiguille ses choix de lecture.