The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
NOTE DE LECTURE : P. MODIANO, PEDIGREE

Modiano est un gentil garçon qui ne s’appesantit ni sur ses sentiments ni sur sa plume. Il reste discrètement sur le côté pour raconter ses histoires, montrant cette réserve des grands timides soucieux de ne déranger personne, ni ses personnages ni ses lecteurs. Le monde serait un cinéma de quartier, ses gens des personnages sur un écran. Alors Modiano nous raconte les films qu’il voit, pour faire plus vrai que sur l’écran, de l’air malicieux de quelqu’un qui plagierait des pellicules en blanc et noir. Il est tellement délicat qu’il n’habite que des nouvelles littéraires, où il passe sa vie à ramoner sa mémoire, veillant à donner les adresses de ses souvenirs. Il est tellement timide qu’il se contente de courtes phrases pour ne pas courir le risque de s’égarer. Il bégaie tant qu'il renonce à chercher ses mots pour ne pas les trouver et s’en encombrer. Il est tellement sensible qu’il cache ses sentiments pour ne pas exhiber sa sensiblerie. Il se garde tant contre toute imposture qu'il se planque dans le silence. Ses livres seraient autant d'excuses balbutiées pour se faire pardonner le sacrilège de parler – à moins qu'ils ne promeuvent la distraction au rang d’un procédé littéraire. Son talent consiste assurément à faire de son mal écrire un genre littéraire plutôt attachant.
C’est une pauvre mémoire que Modiano dilue dans ses livres. Il ne dit rien que le silence qui s'insinue entre ses mots. Son dépouillement stylistique est d'une terrible et merveilleuse misère. C’est un artiste de l'exténuation littéraire. Le même récit, le même stratagème, la même ambiance, la même voix, la même action. Ses personnages naissent de pères plus ou moins inconnus et de mères plus ou moins absentes. Ils n'ont pas de souvenirs, ils n'ont que des indices, prostrés sur le vide intérieur de leur vie. Des personnages de l'ombre pour des récits de pénombre. Sans grandes questions ni grandes passions. Des silhouettes sans importance qui n’auraient en définitive rien à raconter – presque rien. Modiano écrirait entre chien et loup. On prend tant de plaisir à lire ses récits, construits comme des jeux de pistes, qu’on peut se permettre de les oublier en en tournant la dernière page. Ce doit être le signe le plus éloquent du plaisir de lire.
Son « Pedigree » n'en convertit pas moins l'indulgence qu'on a pour lui en ressentiment. On attendait une révélation sur les circonstances de sa naissance, on reçoit un chien sans pedigree qui n'est pas même bâtard et s’en sent partiellement floué. Depuis ce livre – et sa nobélisation – il abuserait de notre charité de lecteurs.

