The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
NOTE DE LECTURE : ROBERT MUSIL, L’HOMME SANS QUALITES (1930-38)

Musil prospecte les recoins de l'absence de l'âme chez des personnages privés de chair. Même quand ils sont amoureux, on peine à les voir sortir de leurs silhouettes pour entrer dans un lit. Ce sont des têtes pensantes embourbées dans leur être à moins que ce ne soit dans leur non-être, autant de mécaniques oiseuses et oisives qui ne parlent pas autant qu'elles broient leurs pensées. Même quand il leur arrive de s’en départir, elles restent prisonnières de la pensée de l'auteur. Ce n'est ni de la philosophie ni de la littérature, c'est un dévidement maniaque qui ne poursuit d'autre vocation que de décomposer les lettres en les étirant à l'ennui. La lecture de ces interminables volumes, près de deux mille pages, se révèle sans qualités, une œuvre monumentale présentant le mérite d'être dénuée de toute vertu, destinée à restituer le dilettantisme d'un talent en quête de vocation et d'une âme en quête d'une histoire. C'est un essai psycho-socio-politico-philosophique qui tourne au mauvais roman ou un roman qui se délaie en mauvais essai. On ne retient rien sinon qu'il n'est rien à quoi s'accrocher. C'est plus agaçant que divertissant ou intéressant et l'on doit lire beaucoup et s'emmerder autant pour dégager les traits de cette KKnie des interminables dialogues et monologues intérieurs. C'est mal tourné et mal raconté. Ce n'est pas tant accablant pour l'empire austro-hongrois que pour l'auteur. C'est du mauvais Mann.
Musil s'exerce à une mauvaise littérature sous le couvert d'une philosophie de la décadence. L'auteur sans qualités barbouille des mots sur l'on ne sait quel canevas pour l'on ne sait quelle action. C'est tellement long qu'on le soupçonne de chercher à désespérer le lecteur. On le devine enchaîné à sa table de travail, s'acquittant quotidiennement de sa peine. On ne comprend pas pourquoi il se condamne de la sorte à l'écriture. Sinon pour savoir comment il va tirer sa plume de ce déballage sans queue ni tête. Le malheureux lecteur ne sait plus à quelle lecture se livrer.
Le livre de Musil recèle comme la gestation de la globalisation avec son exaltation du commerce international, l'accélération de la vitesse, la célébration de la technique, la régénération généralisée par la science. Sa KKnie annonce le monde de la globalisation régi par le politically correct derrière lequel sévissent les pires crimes. Le KKnien serait l'homme repu qui verse des larmes de crocodile sur les victimes de la mondialisation. C'est l’ensemble du monde occidental qui serait désormais KKnien, peuplé d'hommes sans qualités, avec des nationalités de plus en plus déliquescentes. C'est l'oisiveté portée à la bohême en quête de bohême, l'esthète en quête d'esthétisme. L'homme en quête de rien parce qu'il n'est plus rien. Les miasmes intellectuels de la KKnie en décomposition. Une vaine tentative de graissage littéraire de l’on ne sait quoi. D'un empire en déliquescence. D'une société en dégénérescence. D'une humanité en perdition. D'une littérature en loques d’apparat.
Pourquoi cette inclination à voir dans les pavés littéraires, mêmes inachevés, des chefs-d’œuvre ?

