The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
NOTE DE LECTURE : WALTER SCOTT, LE NAIN NOIR (1816)

Dans une première phase, Elshender dit Elshie se présente en nain misanthrope qui ne prend pas de gants pour dire sa détestation des hommes « qui se prétendent les chefs-d'œuvre de la nature ». Leurs paroles correspondent si peu à leurs pensées qu’il s'interdit toute compassion pour eux : « Pourquoi m’empresserais-je d’arracher aux misères de la vie un homme si bien constitué pour les supporter ? pourquoi imiterais-je la compassion de l’Indien, qui brise la tête de son captif d’un coup de tomahawk, au moment où il est attaché au fatal poteau, quand le feu s’allume, que les tenailles rougissent, que les chaudrons sont déjà bouillants et les scalpels aiguisés pour déchirer, brûler et scarifier sa victime ? » Elshie n'épargne personne, pas même son invité Earnscliff (dont on ne sait qui est le meurtrier de son père), qu’il reçoit sur la pierre placée devant sa porte pour ne pas avoir à l’introduire chez lui. Il préfère ses chèvres aux humains et saccage les choux de son potager infestés de vers qu’il déteste parce « qu’ils se moquent de moi ». Elshie habite une région où la guerre entre Anglais et Ecossais se perpétue dans les chants, les odes et les récits des habitants et où l'on n'oublie pas qu'elle peut reprendre pour un rien. On en est d’ailleurs à attente son retour pour se remettre à une vie plus vigoureuse et sanglante qui inspirerait de nouvelles « ballades des frontières » : « Vous avez le droit de prendre à quelque Anglais l’équivalent de ce que vous avez perdu, mais pas davantage. Voilà la loi ancienne du « Border ». » Dans ce récit, une insurrection se prépare en vue d’accueillir le prétendant Jacques François Stuart à la tête de six mille soldats français.
Dans une deuxième phase, le terrible nain offre une rose de son jardin à Isabelle Vere de Ellieslaw que son père, Richard, vieux laird papiste, chef des comploteurs jacobites, veut marier à son allié alors qu’elle est amoureuse de Earnscliff considéré par son père comme un ennemi héréditaire. La rencontre entre le nain et Isabelle n’est pas sans évoquer « La Belle et la Bête » : « Il alla à son jardin, et en revint tenant à la main une rose à demi épanouie. – Tu m’as fait verser une larme, dit-il, c’est la seule qui soit sortie de mes yeux depuis bien des années ; reçois ce gage de ma reconnaissance. Prends cette fleur, conserve-la avec soin, ne la perds jamais ! Viens me trouver à l’heure de l’adversité, montre-moi cette rose, montre-m’en seulement une feuille ; fût-elle aussi flétrie que mon cœur, fût-ce dans un de mes plus terribles instants de rage contre le genre humain, elle fera renaître dans mon sein des sentiments plus doux, et tu verras peut-être l’espérance luire de nouveau dans le tien. Mais point de message, point d’intermédiaire ; viens toi-même, viens seule, et mon cœur et ma porte, fermés pour tout l’univers, s’ouvriront toujours pour toi et tes chagrins. » Ce récit se double d'une variante de « Roméo et Juliette » à l'écossaise entre Hobbie et Grace qu’un brigand du nom de Willie, « scélérat qui ne respire que le crime », enlève après avoir incendié leur ferme. Mécontent de l'acte d'Union, presbytérien, Hobbie refuse de donner des armes aux jacobites. En revanche, il incite Earnscliff à venger son père. Le nain ne le ménage que parce qu’il représente un fléau pour l'humanité. Pourtant c’est lui qui verse à Willie la rançon pour la libération de Grace. On ne sait plus si le nain est bon ou mauvais, sorcier ou devin. On ne sait surtout plus si Scott sait où il va et comment il va ficeler ensemble ses sous-récits.
Dans une troisième phase, Scott plonge son lecteur dans la conspiration contre les Anglais qui tourne vite à une mascarade d’insurgés ivres. Ellieslaw cède aux pressions de son allié, Frederick, et somme sa fille de se présenter à minuit à la chapelle du château où sa mère est enterrée pour des noces forcées avec lui. Marshall se permet de protester : « Je suis fâché qu’on presse ma belle cousine de renoncer d’une manière si subite aux droits de sa virginité. » Isabelle n’a d’autre choix – procédé gothique somme toute éculée – que de céder au chantage de son père pour lui sauver la vie : « Quand il fut parti, Isabelle se jeta à genoux et demanda au ciel la force dont elle avait besoin pour accomplir son sacrifice. – Pauvre Earnscliff, dit-elle ensuite, qui le consolera ? Que pensera-t-il quand il apprendra que celle qui ce matin même écoutait ses protestations de tendresse, a consenti ce soir à recevoir la main d’un autre ? Il me méprisera ! » Les vaisseaux des Français avec le roi d'Ecosse à leur bord sont empêchés de débarquer et c'est Marshall, le conspirateur le plus écervelé qui déclare à ses compagnons : « Sachez que je suis las de me trouver dans une conspiration dont les chefs ne font tout le jour que former des projets qu’ils oublient la nuit. »
Dans la dernière phase, c’est Ratcliff, installé à demeure chez Ellieslaw, qui reconstitue les péripéties dans la vie du nain, révèle sa véritable nature et dénoue les fils d’une narration indécise et embrouillée. C’est lui qui incite Isabelle à consulter Elshie et celui-ci lui recommande de se présenter à l'autel. A peine la cérémonie de mariage commence-t-elle que le nain apparaît et annonce à Frederick qu'en épousant Isabelle, il n’aurait pas les biens que lui lègue sa mère puisqu’il en est le véritable propriétaire. Sur ce, Hobbie investit la chapelle à la tête de ses hommes en armes. Se réclamant de la reine Anne, il prend le contrôle du château où il trouve les complotistes ivres : « Nous leur avons ôté leurs armes des mains aussi aisément que nous aurions écossé des pois. » Le nain se révèle être le maître des lieux, des destins et de Ratcliff – un sauveur. De son vrai nom, sir Edward Mauley, il n’est rien moins que le meurtrier du père de Patrick Earnscliff et c’est d’une certaine manière en guise de réparation qu’il donne son consentement à son mariage avec Isabelle. Hobbie et Grace reçoivent pour leur part de quoi reconstruire leur ferme incendiée.
Scott est un conteur souffleur, plus proche du scénariste que de l'écrivain, il ne connaît ni l'âme ni la passion, il ne connaît que les règles d'un genre qui séduirait ses nobles lecteurs : « Tandis qu’Ellieslaw lui conte en détail, et avec le ton et les gestes d’un homme désespéré, la rencontre qu’il venait de faire, nous allons faire connaître à nos lecteurs les relations qui existaient entre ces deux personnages. » Il s'évertue à imprimer le ton de l'épopée à son texte, « parole donnée sur l’honneur et sur le gant ». Ca reste shakespearien de bout en bout, tant dans les sous-intrigues que dans les procédés théâtraux. Le père promet de convaincre sa fille d'épouser son allié le soir même, il ne s'en tourmente pas moins, et on a l'impression qu’il tient des propos en aparté sur une scène : « Je dois compter sur sa générosité romanesque, et il me suffira de la mettre en jeu en peignant sous de sombres couleurs les suites probables de sa désobéissance. » Le nain se révèle velléitaire, entre détestation et sollicitude : « Si tu restais davantage auprès de moi, je craindrais de retomber dans ces rêves absurdes sur les vertus humaines, après lesquels le réveil est si pénible. » On se perd et rien ne sert de se retrouver puisque l’auteur s’amusait à improviser son intrigue et ne réussissait qu’à la compliquer. Sir Walter Scott n’était pourtant pas mauvais écrivain.

