The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
NOTE PHILOSOPHIQUE : LE BARATIN PHILOSOPHIQUE
La philosophie croule sous ses traités au point de ne plus distinguer entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Dans son encombrement, elle se dérobe aux questions nouvelles qui assaillent l’homme et la société dans le sillage des mutations intervenues dans le statut de l’un, le remodelage de l’autre. L’allongement de la durée de vie, les démences dégénératives, l’euthanasie ; la procréation pour autrui ; la libéralisation des mœurs sexuelles et les nouvelles parentalités ; les modes digitaux de communication et de bureaucratisation ; les menaces écologiques et la résurgence de nouveaux paganismes ; le retour du polythéisme derrière le dialogue entre les monothéismes ; les ravalements cosmogoniques par les délires astrophysiques sur le Big Bang, les trous noirs et les multivers ; tout cela désarme les meilleures volontés philosophiques.
L’exercice de la philosophie, tel qu’il est pratiqué de nos jours, est soit résiduel, soit disséminateur, soit livresque. Dans le premier cas, la philosophie traite de toutes les questions qui décantent dans le chahut des sciences humaines, sociales et naturelles. Elle circonscrit les domaines sur lesquels elles portent, examine leurs méthodes, se prononcent sur leurs prétentions respectives à la vérité (?). Malgré son orientation méta-critique, cette pratique de la philosophie reste marginale, ne se faisant entendre ni dans les chapelles des sciences humaines et sociales qui, imbues d’elles-mêmes, n’ont pas grande considération pour ses critiques ni dans les laboratoires et communautés de la recherche naturelle où l’on est trop pris par ses expériences et ses calculs pour s’encombrer de ses délibérations et où l’on se pique de plus en plus, sous le couvert de vulgarisations, de philosophie réduite à celle des sciences. Dans le deuxième cas, la philosophie s’exerce à répandre-disséminer des doctrines qui cristallisent autour d’elles des sectes philosophiques et/ou thérapeutiques et/ou charlatanes se réunissant autour d’auteurs revêtus d’une autorité suprahumaine. Dans le troisième cas, elle se déploie comme interprétation des textes de la tradition et soit elle se perd en études herméneutiques, soit elle s’enlise dans des ratiocinations scolastiques ou, de plus en plus rarement, s’illustre dans la prospection de nouvelles percées de pensée.
Les deux derniers monstres sacrés de la philosophie restent Wittgenstein et Heidegger. Pour quiconque s’inscrit dans le sillage du premier, la tâche de la philosophie reste ménagère prescrivant de faire le ménage dans la pensée, dénouant les nœuds qui ne cessent de ressurgir dans la pensée avec les tentatives répétées d’éclaircir sa vocation et de déblayer les empiètements des sciences dans le contexte de leur monstrueuse prolifération. Wittgenstein limite cette tâche à l’étude du langage à l’aune d’une syntaxe qui serait celle du langage naturel commun aristotélicien. Or on ne sait toujours pas ce qu’est la syntaxe, contre laquelle butent les linguistes, ni ce qu’est la logique de laquelle participent les mathématiques pour formuler leurs théorèmes et énoncer les équations qui se retrouvent dans la science expérimentale. On en est réduit à proposer des variations de pensée sur les expériences de pensée de la science, sur les questions éthiques qui accompagnent les mutations dans la condition humaine et les réaménagements technologiques dans son environnement.
Dans le deuxième cas, pour quiconque s’inscrit dans le sillage de Heidegger, la vocation de la philosophie reste poétique-homilétique, substituant dans ses interprétations un poète à un autre, un texte sacré à un autre, et les livrant à des auditoires philosophiques quasi ecclésiastiques. Il n’est pas tant question pour Heidegger de dissiper l’étonnement, comme dans la science, que de le cultiver en évitant le concept et en persistant dans la pensée. La vérité de la science se révélant stérile, ne répondant pas aux questions du sens, il ne discrédite pas tant ses méthodes ou ses vérités que ses questions. La science désincarne la pensée au prix de sa déshumanisation ; elle ne se cristallise comme méthode qu’en se dégageant de toute révélation religieuse et de tout dévoilement poétique. Heidegger ne se situe pas là et au moment où la vérité se donne à voir, encore moins à se prouver.
Dans les deux cas, on ne s’en interroge pas moins sur la question de savoir qui est habilité à philosopher ? – Tous ceux qui pensent le sens de l’être et de la vie et ne se contentent pas de s’étonner/s’émerveiller mais poussent leur étonnement/émerveillement à leur instruction par l’expérience ou par le texte ? – Est-il une frontière entre philosophes et prédicateurs et où passe-t-elle ? Entre intellectuels, sophistes médiatiques et philosophes ? Une familiarité avec les sciences n’est-elle pas requise pour éviter de régresser dans un obscurantisme pavant la voie au délire ? Le plus grand travers de la pensée reste l’embourbement scolastique guettant une érudition qui tourne à vide et qui, en rupture avec la science, basculerait dans un précieux baratin.

