The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
NOTE PHILOSOPHIQUE : LE REVE DE L’AME

L’échec patent à interpréter les rêves, que ce soit sur un divan ou dans un laboratoire, sous hypnose ou sous drogue, ruinent les thèses qui présentent le cerveau comme le site de leur production. Celui-ci serait au mieux une caisse d’enregistrement et encore cela demande-t-il à être vérifié. Il n’est pas un lieu où ils se produisent, ils s’y déclareraient plutôt comme toute chose qui relève du registre psychique. Plus généralement, le cerveau ne serait le creuset de rien. Sans doute ne vivrait-on pas plus sans lui que sans le cœur et ce qu’on a longtemps désigné comme les entrailles. Le véritable creuset de la pensée, du langage, de l’imagination, si tant est qu’on puisse les distinguer, serait dans… l’âme. Elle indiquerait une entité quasi phlogistique, supra ou infra organique, qui se développe et dégénère avec le corps. Il ne sert à rien de tenter de la situer, elle déborderait toutes les coordonnées organiques. Elle serait l’actualisation plastique continue, tour à tour libre et entravée, de l’élan vital bergsonien s’incarnant dans un organisme, ne se réduisant pas à lui, encore moins à une partie de lui.
La centralité accordée au cerveau est un corollaire de la vision matérialiste mécaniciste étendue au vivant organique psychique. On a besoin de situer les phénomènes psychiques, on choisit le cerveau plutôt que le sang, le cœur… les entrailles. Pourtant le psychisme déborde le physique, pourtant ce n’est pas le cerveau qui rêve à proprement parler, voire qui pense, parle, crée. Il enregistre, il aiguille, il programme et encore cela demande-t-il à être prouvé. L’intrication quantique a bouleversé – serait en train de bouleverser – jusqu’au mécanisme quantique et dans son sillage toute la question psycho-physique. L’âme se propose de nouveau en candidat naturel pour recueillir les considérations psychiques-poétiques sur l’intuition, l’inspiration, la foi… les phénomènes les plus éloquents de l’humanisme. Ce serait de toute notre âme que l’on rêve et l’on ne sait rien de nos rêves parce que l’on ne sait rien de notre âme sinon à reprendre les clichés désuets des religions qui ne parlent pas tant de sa nature que de ses vertus.
Bergson a cette belle métaphore pour se secouer des controverses que suscite le parallélisme dans le traitement de la question psycho-physique : « Qu’il y ait solidarité entre l’état de conscience et le cerveau, c’est incontestable. Mais il y a une solidarité aussi entre le vêtement et le clou auquel il est accroché car si l’on arrache le clou, le vêtement tombe. Dira-t-on, pour cela, que la forme du clou dessine la forme du vêtement ou nous permette en aucune façon de le pressentir ? Ainsi, de ce que le fait psychologique est accroché à un état cérébral, on ne peut conclure au « parallélisme » des deux séries psychologique et physiologique » (H. Bergson, « Matière et Mémoire », Quadrige / PUF, 1985 (1939), p. 5). C’est dire que Bergson n’attend pas grand-chose des recherches sur le cerveau qui ne serait qu’« un organe de pantomime » mimant la vie mentale. La recherche, volontiers mécaniste, ne restituera pas la plasticité des sentiments, l'arôme des souvenirs… le halo vital – l’âme ? – des phénomènes cervicaux : « Il [le cerveau] se trouverait vis-à-vis des pensées et des sentiments qui se déroulent à l’intérieur de la conscience, dans la situation du spectateur qui voit distinctement tout ce que les acteurs font sur scène, mais n’entend pas un mot de ce qu’ils disent. Ou bien encore il serait comme la personne qui ne perçoit d’une symphonie que les mouvements du bâton du chef d’orchestre » (H. Bergson, « L’Énergie spirituelle », Quadrige / PUF, 1982 (1919), p. 75). Dans tous les cas, l’activité mentale déborde l’activité cérébrale et ce débordement plaide en faveur d’un « surplus » – l’âme ? – débordant le corps et survivant – ou non – à sa décomposition matérielle.
Les recherches sur le cerveau, qui mobilisent aujourd’hui des centaines de milliards dans des centres qui poussent un peu partout, n’auraient d’autre choix que d’écarter l’immuable question psycho-physique pour espérer accomplir des percées dont les chercheurs ne sont pas toujours à même de préciser la nature et la portée sinon à recourir à des métaphores empruntées aux domaines de la robotique et de l’intelligence artificielle. Elles semblent poursuivre, sous la pression des maladies dégénératives notamment, le vain mirage de l’immortalité, inclinant à voir dans le traitement par le cerveau on ne sait quelle panacée. C’est dire que les débats autour de l’AI sont oiseux, produits par une communauté technologique plus industrieuse que sage, pour ne pas parler de ses promesses et de ses cauchemars.

