NOTES PHILOSOPHIQUES : L’ART HIEROGLYPHIQUE

25 Jun 2021 NOTES PHILOSOPHIQUES : L’ART HIEROGLYPHIQUE
Posted by Author Ami Bouganim

L'art postmoderne se présente en ratures de l'on ne sait quoi. Pourquoi toutes ces pièces ne nous convainquent qu'après avoir été encensées par une critique qui ne saurait plus à quel canon ou autorité se vouer et adoubées par des galeries ou des musées ? Pourquoi cette déconstruction et cette décomposition ? Pourquoi cette déliquescence qui ne serait pas plus un signe de décadence qu'une quête insensée ? Pourquoi la veine poétique – sans laquelle il n'est pas d'art – tarit-elle au point qu'on en trouve de moins en moins dans les pièces d’art ? Pourquoi nous vend-on pour de l’art toutes sortes de montages dénués d'intérêt ? Pourquoi nous soumettons-nous, sans que l’on puisse regimber, à une certaine dictature du goût ? Pourquoi achetons-nous des pièces douteuses que nous installons dans les meilleurs musées ? Pourquoi le talent a-t-il déserté les artistes ou du moins tant de ces natures artistiques qui se posent en artistes ? L’effraction serait-elle à l’art ce que l’hérésie est à la religion, l’une bouleversant la pratique artistique, la seconde donnant une nouvelle secte ou une nouvelle religion ?

Pour Adorno, l’art moderne retrouverait son caractère hiéroglyphique. L’œuvre se présente comme une tentative d’écriture où traîne une ambiguïté, écriture privée, plongeant ses racines dans des vécus insondables, se proposant néanmoins au vaste public. L’ensevelissement de son inspiration ou de sa vocation s’alliant à son caractère énigmatique pour lui donner un caractère quasi hiéroglyphique : « Leur code a été perdu, et ce qui leur confère un contenu est l’absence de ce code » (T. Adorno, « Théorie esthétique », p. 169). Ce ne serait peut-être pas à nous à décider du statut de l’art post-moderne mais aux archéologues de la culture qui se prononceront sur lui dans des siècles et toute tentative de nous vendre de l’incongru, souvent dénué de beauté, comme de l’art ne serait rien moins qu’indécent ou malhonnête. On ne saurait contester pour autant, dans l’esprit d’Adorno, que l’art caresserait désormais une vocation hiéroglyphique et que certains artistes seraient doués pour imprimer à leur production une envergure hiéroglyphique. – C’est-à-dire ?